Mes chers amis, je vois souvent de jeunes auteurs poster, sur des groupes Facebook ou autres, des choses du genre : « j’ai eu une idée d’histoire, mais j’ai peur qu’elle ne soit pas originale ». Et cette phrase, elle me trottait dans la tête quand j’étais un peu plus jeune, moi aussi.

Mon idée est-elle originale ?

Forcément, il est normal de se poser cette question. Parfois, on en vient à se demander si l’originalité ne serait pas un mythe (surtout quand on a lu des centaines de romans, regardé des dizaines de séries et des milliers de films).

Parce que, quand on écrit à but de publication, on veut marquer les esprits. Si publier un roman, ça veut simplement dire avoir son nom sur une couverture d’un ouvrage rempli de pages et de mots, il n’y a pas grande difficulté à atteindre cet objectif à l’heure actuelle avec tous les modèles d’édition proposés. (Tous ne sont pas intelligents ni idéaux, mais la possibilité existe malgré tout).

Donc, on a l’envie d’écrire pour être lu, publié, et pour obtenir, bien entendu, l’approbation des lecteurs. Si, en plus de cela, on obtient le respect de ses pairs, alors on peut dire qu’on est un auteur confirmé, non ?

Oui, mais l’originalité, quelle est sa place dans tout cela ? Et comment déterminer si une idée est originale ? Qu’est-ce qui constitue les facteurs d’originalité, et à quel moment bascule-t-on de l’originalité à l’impénétrabilité d’un récit ?

Un récit s’appuie sur plusieurs facteurs, autant de fond que de forme.

Il y a le pitch, le résumé. Ce n’est pas sur base d’un résumé que l’on peut évaluer l’originalité d’un récit, la plupart du temps. Pourquoi ? Parce que raconter une histoire, c’est comme utiliser des pièces de Duplos (pour les récits simples), de Legos (pour les récits un peu plus fins), ou alors des Nanoblocks (pour les tarés qui écrivent des pavés de mille pages ou des récits à la Game of Thrones).

Une idée, même composée de trois gros Duplos qu’on a déjà vus dans quinze mille autres récits, peut devenir originale. À l’inverse, une histoire faite de milliers de Nanoblocks peut être nulle, éculée, pleine de lieux communs et au final, n’apporter ni surprise ni originalité. Parfois, aussi, les pièces qui constituent votre pitch peuvent sembler originales, mais une fois mises sur papier, perdre tout leur glamour.

« C’est bien, mais alors, si le choix de mes pièces de départ ne permet pas de déterminer si l’histoire sera originale ou non, comment le saurai-je ? »

Eh bien, j’ai envie de vous répondre : tu le sauras quand tu auras fini d’écrire.

Se pose alors une autre question : si j’écris sans savoir si je serai originale, lue, appréciée, éditée, présentée, quel est l’intérêt ? Mais là, on s’éloigne de la question de l’originalité en tant que telle. Je reviendrai dans un autre article sur l’intérêt de l’écriture. :p

Alors, imaginons que j’ai trouvé un pitch qui me plaise (à défaut d’être « original »), et je décide de commencer à écrire. Là, on rentre dans la partie amusante. Écrire une histoire, c’est déconstruire une idée, la mâcher, la savourer, la torturer dans sa tête ou sur le papier. Ensuite seulement vient la phase de construction véritable. Dans toutes ces étapes, on peut alors insuffler la touche d’originalité que l’on veut y voir.

Et c’est là que je reviens sur « l’impénétrabilité d’un récit ». Ce que je veux dire par cette tournure de phrase, c’est qu’à force de chercher l’originalité à tout prix, on risque de perdre ses repères, et donc, de perdre ses lecteurs. Il existe des conventions en écriture, des codes et des canevas qui permettent de classer les récits (car les humains adorent ranger les choses dans des cases, c’est plus facile).

L’exemple le plus flagrant, c’est le code de construction d’un conte, une forme de narration ancestrale, riche et universelle :

Situation initiale – élément déclencheur – péripétie 1 – p2 – p3 – … – p15 – résolution – conclusion.

Voilà. Regardez toutes les histoires, lisez-les au-delà des mots, cherchez derrière la trame narrative et les artifices, vous retrouverez toujours ce schéma planqué quelque part.

Pourquoi ? Parce que les histoires parlent de changement. Un changement d’état, un changement de monde, un changement de corps, un changement de pensée. Que ce soit positif ou négatif, la clef du récit est le changement !

Essayez de trouver des contre-exemples, des histoires qui ne contiennent ni début, ni milieu, ni fin. Qui ne traitent pas de changement. Ni adjuvant, ni opposant, ni épreuve, ni Némésis ou intervention divine de l’auteur dans le récit.

Alors est-ce qu’on peut essayer de casser ces codes pour créer un récit original ?

Oui, bien sûr. Mais en brisant les codes, que ce soit au niveau de la trame ou au niveau du contexte (pour coller aux différents genres), vous risquerez d’être confrontés à l’incompréhension de vos lecteurs. (Exemple : la troisième intégrale des Annales de la Compagnie Noire. Dans ce volume, l’auteur brise les codes de la narration et écrit les scènes de façon morcelée, sans respecter la ligne temporelle. La lecture en devient certes intéressante, mais d’autant plus ardue que le lecteur devient comme un gamin devant un puzzle de mille pièces qui représente le ciel sans nuages. Un vrai challenge, quoi. Et pourtant, cette déconstruction n’est qu’une illusion, un artifice narratif…)

Si vous avez envie d’écrire le nouveau Hunger Games (dont le principe est tellement proche de Battle Royale que c’en est un peu triste…), l’expérimentation est risquée, d’autant plus si vous n’avez pas le coup de génie (donc si vous ne travaillez pas pendant des centaines d’heures sur votre récit pour qu’il se goupille à la perfection et que vous ne puissiez être surpris par aucune question de lecteur).

Quels sont les éléments dans lesquels je peux faire transparaître l’originalité, dans ce cas ?

L’originalité, elle vient de votre regard particulier d’individu. Elle vient de vos émotions, de vos idéaux, de votre expérience de vie. Parlez de sujets qui vous touchent, évoquez des choses qui sont importantes dans votre vision du monde, cherchez le mot juste.

L’originalité interviendra dans le choix de vos mots.

Dans le choix de vos personnages.

Dans l’élaboration de votre contexte.

Mais surtout, elle viendra dans la maîtrise et la précision.

Tout le monde peut avoir une idée un jour, et décider d’écrire. Mais la plupart des gens s’arrêteront après quelques pages. C’est facile d’avoir des idées, mais les mettre en oeuvre, cela demande du temps et de l’énergie. Après, il faudra accepter que, même après avoir travaillé des centaines d’heures sur un projet, il ne recèle au fond aucune véritable originalité.

Ce n’est pas grave ! 

Prenez plaisir à écrire, à tester, à élaborer de nouveaux personnages et de nouvelles idées. Beaucoup de gens écrivent toute leur vie sans jamais publier le moindre récit original, et pourtant certains d’entre eux reçoivent les honneurs et sont acclamés par les foules. Pourquoi ? N’est-ce pas injuste ? Non, car ils ont travaillé pour atteindre cet objectif, et parce que leurs histoires résonnent chez le lecteur. C’est aussi une force, autant que d’écrire le nouveau roman qui balaiera les esprits.

À l’inverse, certains auteurs n’écrivent qu’un très bon livre dans leur vie… Cela ne fait pas d’eux de mauvais auteurs.

Si vous voulez l’originalité, n’ayez pas peur de l’échec et de l’incompréhension. N’abandonnez jamais votre passion, obstinez-vous.

Qui sait, dans dix ans, vous pourriez être l’auteur d’un nouveau chef-d’oeuvre qui sera encore lu 30 ans plus tard, comme 1984, un récit qui restera d’actualité, frais dans les mémoires !

La prochaine question que j’aborderai : L’histoire qui sert le personnage ou le personnage qui sert l’histoire ?

Publicités