La question du jour est : L’histoire sert-elle mon personnage ou bien est-ce l’inverse ?

La première question à se poser, c’est de savoir ce que l’on entend par là. C’est simple : dans les littératures de l’imaginaire tout particulièrement (ayant moins d’expérience dans les autres types de littérature, je ne me permettrai pas de les inclure dans mes observations), il y a deux tendances qui se démarquent dans les différents récits, avec une préférence pour l’un ou l’autre type dépendant du sous-genre et des univers en vogue.

Celle de ces deux tendances qui vous parlera le plus, c’est celle où l’histoire sert le personnage (et là, on a des milliers d’exemples !).

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça signifie tout simplement que l’histoire est orientée sur le ou les personnages principaux, à tous niveaux. Typiquement, c’est le feuilleton, c’est la bit-lit, c’est l’heroic fantasy qui narre les aventures d’un seul péon capable de sauver le monde, c’est la SF qui raconte les déboires d’un pirate de l’espace ou d’un capitaine d’escouade. En gros, c’est votre série télé, c’est votre shonen, c’est votre série d’Anita Blake en 23 tomes. C’est aussi votre roman young adult comme Hunger Games ou le Labyrinthe. Donc c’est le héros contre les vilains.

Dans ce genre de récits, tout tourne donc autour du personnage, souvent charismatique, ou intelligent, ou débrouillard, ou super fort, ou ayant un carnet d’adresses bourré de bons noms. Ou tout ça à la fois. On raconte ses aventures, ses déboires, ses petits sentiments et sa perception du monde.

À mon sens, les points positifs de cette tendance sont :

  • une forte identification aux personnages qui amène une empathie et à essayer de sortir de ses propres perceptions pour capter celles du héros ou de ses adjuvants.
  • une facilité narrative : avec un, deux ou trois points de vue majoritaires, on a une relative vision d’ensemble de l’histoire, et on reste centré sur l’essentiel.
  • une facilité d’écriture et de lecture : le fil est plus simple à suivre quand on n’a qu’un seul point de vue à élaborer.
  • un plaisir d’écriture, car on peut vraiment raconter tout ce qu’on veut quand on maîtrise son personnage et que l’on passe en mode feuilleton.

À mon sens, les points négatifs de cette tendance sont :

  • on risque de se couper de tout un lectorat si notre ou nos héros ne plaisent pas aux lecteurs (j’ai personnellement abandonné la lecture de certaines séries à cause du personnage principal).
  • il va falloir parfois recourir au scotch narratif pour que le personnage ait toutes les informations nécessaires à la compréhension de toute l’histoire, et que le lecteur comprenne bien (exemple : dans Harry Potter, à chaque fin de tome, Dumby ou quelqu’un d’autre est obligé de lui apporter des explications complémentaires => scotch narratif).
  • une fausse impression de facilité d’écriture : on a tendance à dénigrer le contexte quand on écrit ce genre de récit, et donner l’impression d’un univers un peu plat, simple ou sans profondeur, puisque ce qu’en connait le lecteur se limite aux perceptions du personnage principal.
  • la tendance au grosbillisme. Le principe du grosbill mériterait un article entier, mais je vais vous en dire deux mots ici : en bref, le grosbill, c’est le personnage de jeu de rôles qui possède tous les talents et toutes les compétences utiles au bon moment. Dans les fanfictions, on le nomme le Gary Stu (ou pour les filles, la Mary Sue). Dans la littérature de l’imaginaire, on pourrait l’appeler Sookie Stackhouse… (Quoi, j’ai une dent contre True Blood ? Non ! *prend un air innocent*). De façon plus claire, ce personnage est celui qui possède tous les pouvoirs, qui est fils de fée/dragon/ange/démon/dieu, ou tout ce que vous voulez. Il sera beau, intelligent, charismatique, rapide, fort, débrouillard, mystérieux, intense, riche. Et ce personnage n’aura que de la chance, même dans les moments de malchance. Il existe pas mal de tests sur des forums et blogs pour vous assurer que votre personnage n’est pas un mary-sue/gary-stu.

NOTE : il existe aussi la tendance inverse au grosbillisme, qui n’a pas vraiment de nom, et qui concerne les personnages à qui il arrive au contraire toutes les tuiles possibles, et qui n’ont aucune chance dans la vie ni dans leurs attributs de départ.

Et l’autre tendance, alors ?

C’est celle où les personnages servent l’histoire.

Et ce concept est bien plus difficile à expliquer. Quand le personnage est au service de l’histoire, son identité aura tendance à disparaître au profit de ce que l’histoire exigera de lui. En général, dans ce genre de récit, le personnage devient un simple rouage, et l’histoire suit une trame qui dépasse l’individu, qui touche la communauté. Comme exemples, je citerai : fondation de Asimov, le Seigneur des Anneaux de Tolkien.

Dans ce type de récits, les antagonismes dépassent l’individu, l’être humain, ils sont plus profonds et touchent des concepts sociaux, politiques, économiques. Ce sont des histoires de révolution où les personnages sont acteurs du changement, et servent ce changement.

À mon sens, les points positifs de cette tendance sont :

  • permet de véhiculer des idées politiques, philosophiques, sociales, qui peuvent amener la réflexion sur le monde et la recherche d’un idéal qui dépasse l’Homme pour atteindre l’humanité.
  • permet d’aborder des sujets actuels et forts à travers un contexte riche, et arriver à les transposer afin que le texte reste pertinent et intelligent, peu importe l’époque ou le lieu dans lequel vit le lecteur.
  • un plaisir d’écriture par la profondeur des thèmes abordés et l’implication personnelle de l’auteur dans les messages véhiculés par le texte
  • un plaisir pour le lecteur qui aura l’envie de rechercher ces messages et les décortiquer.

À mon sens, les points négatifs de cette tendance sont :

  •  le détachement du lecteur par rapport aux personnages, et parfois le manque d’identification, donc d’accroche. (On risquera d’avoir des personnages peu charismatiques ou accrocheurs pour le lecteur, et donc incapacité à se plonger pleinement dans le contexte). Je pense par exemple à Tau zéro de Poul Anderson. Les idées scientifiques abordées sont pertinentes et passionnantes, mais les personnages, pas assez creusés, paraissent par moments vides et insipides.
  • l’excès de descriptions et d’informations qui peuvent perdre le lecteur, comme à l’inverse, le manque d’information peut le perdre ou le décourager dans la compréhension de l’univers élaboré par l’auteur. (côté excessif : combien de lecteurs n’ont pas abandonné le Seigneur des Anneaux face à la description des généalogies en début de premier tome ?)
  • l’aventure du personnage passe en second lieu, ses actions s’inscrivent dans un plus grand plan, et dès lors, le lecteur risque de ressentir une frustration par l’utilisation d’artifices narratifs comme le deus ex machina.

De nouveau, vous constaterez que je ne vous dis pas ici ce qu’il faut faire ou ne pas faire. C’est à vous de choisir, mais choisir en connaissance de cause vous permettra de mieux ressentir les critiques de vos lecteurs, et aussi de cibler vos envies. Une histoire n’appartient que rarement totalement à une tendance ou à l’autre, mais la vraie difficulté se trouve dans le dosage. À mon sens, l’idéal est de maintenir un équilibre entre ces deux principes. Rowling le fait plutôt bien de manière générale dans Harry Potter (même si certains éléments pèchent d’un excès dans un sens ou dans l’autre). Dans mes lectures plus récentes, je dirais que les Illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton possède un très bon équilibre entre les deux (personnages attachants, aventures époustouflantes, possibilité de s’identifier, mais en même temps, chaque personnage est le vecteur d’idées plus profondes, humaines, sociales).

❤ Écrivez avant tout ce qui vous plaît. ❤

Pour le prochain article, je reparlerai de mon aventure dans le monde de l’auto-édition, avec Paradoxes.

Si vous avez des questions, ou des suggestions sur les thèmes à aborder, n’hésitez pas à me contacter.

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