Les auxiliaires, comment et pourquoi faut-il les éviter ?

Ah, enfin, j’ai l’occasion de vous raconter une petite anecdote. 🙂

Il y a de cela deux ans, j’avais terminé d’écrire mon tome 1 et je faisais les retouches avec mon éditeur. Nous avions quasiment validé le texte. Très fière de moi, je me rendais à la Foire du Livre pour le compte de la librairie Filigranes qui y avait un stand, cette année-là. Au cours de cette journée, David Khara devait venir faire des dédicaces sur le stand de la librairie. J’avais eu l’occasion de présenter un de ses romans au magasin (une nuit éternelle, la suite des vestiges de l’aube), et dans notre conversation, j’en étais venue à parler de mes « ambitions » de devenir auteure. Ainsi, lors de notre seconde rencontre à la Foire du Livre, je lui apportai les premières pages de mon roman, imprimées sur feuilles A4. Après sa séance de dédicace, il en lut le début, et me fit appeler auprès de lui. Tout de suite, il entra dans le vif du sujet « telle phrase est bien, mais il faudrait marquer ceci. La réaction de tel personnage pourrait être creusée dans tel sens » etc. Puis, il me révéla la terrible vérité : « les verbes être et avoir sont nos ennemis ».

Depuis, je traque les verbes être avec acharnement, et à chaque manuscrit, je tente d’en diminuer le nombre. La véritable difficulté ne réside pas dans le fait d’ôter le verbe être ou avoir, mais bien de reformuler l’idée sans en perdre le sens tout en utilisant un verbe plus actif.

Par exemple, voyez le premier paragraphe de mon tome 1, l’ancienne version contre la nouvelle :

Ancienne version : « Le corps sans vie d’une jeune femme gisait sur le pavé d’une ruelle donnant sur la Grand Place de Bruxelles, dans une pose indécente sous la lumière crue du jour. La demoiselle était bien habillée ; une robe en strass plutôt courte, des bas opaques, des escarpins noirs et un blazer. Ses vêtements de marque avaient cependant été déchiquetés par ce qui devait être des griffes affûtées comme des rasoirs, découvrant sa peau claire zébrée de sang coagulé. Les restes de son visage étaient marqués par l’horreur et la douleur. Dans la marre de sang autour de son corps gracile figé par la mort traînait le contenu de son sac, abandonné négligemment par l’assassin. »

Nouvelle version : « Le corps sans vie d’une jeune femme gisait sur le pavé d’une ruelle donnant sur la Grand-Place de Bruxelles, dans une pose indécente sous la lumière crue du jour. La victime, âgée d’une vingtaine d’années, portait des vêtements de bonne facture à la coupe élégante : une robe en strass gris clair plutôt courte, des bas opaques, des escarpins noirs et un blazer turquoise assorti à la couleur de ses cheveux. Ceci étant dit, il ne restait plus grand-chose de sa tenue, que des lames ou des griffes acérées avaient déchiquetée en plusieurs endroits, laissant apparaître une peau de lait zébrée de sang coagulé. L’horreur marquait son visage figé, lui aussi rendu méconnaissable par de longues estafilades et quelques projections sanglantes. Dans la flaque carmin répandue sur le vieux pavé usé autour du corps traînait le contenu de son sac à main, abandonné négligemment par l’assassin. »

Voilà, on passe de quatre verbes être à un seul. Quel est l’effet, le ressenti ?

Les verbes avoir et être constituent des pièces de base pour le langage oral. Vous constaterez avec quelle facilité on peut construire des phrases autour de ces deux verbes. Ecoutez une conversation, vous vous rendrez compte qu’une bonne majorité des phrases prononcées contiennent un de ces deux verbes.

À l’écrit, il vous faudra faire l’exercice de chercher le mot juste, et donc aussi le verbe juste. Cela signifie aussi qu’il faudra essayer de tourner les phrases passives en phrases actives. Vous réaliserez rapidement que cela augmentera le niveau de langue de votre écrit. Les phrases contenant des auxiliaires sont dites faibles, car le verbe être, par son côté passe-partout, diminue l’impact de la phrase et détourne de la véritable action.

Antidote, puissant outil de correction, peut vous donner le nombre d’occurrences de chaque mot dans votre roman. Par exemple, voici les statistiques de mes deux tomes :

TOME 2                                         réécriture TOME 1

J’ai réécrit le tome 1 après avoir terminé le tome 2, et j’ai apporté un soin particulier à vérifier chaque tournure de phrase contenant un verbe être. Cependant, dans les dialogues, j’ai préféré garder des tournures de phrases plus naturelles, et j’ai donc conservé pas mal de verbes être. Les deux livres font à peu près le même nombre de pages en format livre (c’est-à-dire environ 400), ce qui veut dire deux verbes êtres par page pour le tome 2, et un peu moins pour le tome 1.

Soyez intransigeant avec vos textes. Ici, il n’y a pas d’avis à avoir sur la question : si l’on peut parfois tolérer le verbe être, il faut, la plupart du temps, le traquer et l’éliminer ! :p

On en vient à la question de la traduction… pour le prochain article !

 

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