Mon titre paraît radical, et comparativement à d’autre opinions, sur celle-ci je reconnais être assez tranchée, mais pour présenter une idée plus claire, je dirais :

Cessons de traduire tous les blockbusters anglosaxons, et tournons-nous vers les talents francophones.

Et il faudrait même ajouter que mon avis concerne avant toute chose les littératures de l’imaginaire. Mes dernières déceptions en matière de traduction : La chute de la Maison aux flèches d’Argent, et Water Knife. Deux bons bouquins, avec une histoire riche et intéressante, des personnages accrocheurs, des univers qui interpellent.

MAIS je trouve que les éditeurs affichent peu de respect pour les textes qu’ils traduisent. Ils ont des équipes éditoriales complètes, des correcteurs, des relecteurs, et je suppose que leurs traducteurs sont payés pour leur boulot aussi. Alors pourquoi y a-t-il tant de fautes dans les versions imprimées pour le public ? Ici, dans les deux cas, il y avait des fautes tant dans la forme (virgules ou parenthèses abandonnées, fautes d’accord, etc) que dans le fond (par exemple, erreur dans les prénoms, surtout dans Water Knife). De plus, si le texte devait avoir de la force en langue originale, en français certains passages devenaient plats et sans émotions à cause du choix des termes. Enfin, quel abus de verbes être !

Bon, j’ai bien conscience que je lis différemment d’une partie du lectorat, cependant, en tant que libraire, je trouve toujours cela assez délicat, de dire aux clients « il est très bien, j’ai adoré, mais il y avait plein de fautes ». Et ne pas le dire, cela reviendrait à de la fraude de ma part.

À mon sens, le traducteur doit faire un travail de réécriture. Réinterpréter le texte pour le manier de façon à ce qu’il colle aux tendances de la langue cible, pas qu’il copie les tournures de phrases de la langue originale. J’ai fait deux ans d’études de traduction, je sais à quel point c’est dur.

Dans Inferno de Dante Alighieri, paru chez penguin classics, le traducteur dit dans la préface :
« In convivio 1:7 Dante declares that ‘nothing witch is bound together in harmonious form by musical ligatures can possibly be translated from one language into another without losing entirely its sweetness and harmony’. In other words, it is impossible to translate poetry because it’s impossible to find exact phonetic equivalents for the original. »

Dante, étant un poète avant tout, parle de l’impossibilité de traduire de la poésie, mais pour moi cela s’applique à toute forme de narration, même si c’est dans la poésie que l’interaction entre la forme et le fond est la plus forte.

Je ne dis pas que toutes les traductions sont à bannir, quand même (je remercie Denis Savine pour la traduction de metro 2033, par exemple, car je suis loin de pouvoir lire le russe :p), cependant je pense qu’il y a un effort à faire dans ce domaine, surtout dans les littératures de l’imaginaire. Mais surtout, n’oublions pas les talents francophones (qui se cachent) !

Dans le prochain article, on reparle un peu de Paradoxes ? 🐱

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