Ou pourquoi je suis heureuse d’avoir plongé dans l’autoédition

Quel auteur doté d’un minimum d’expérience dans le domaine de l’édition n’a pas été un jour déçu de l’attitude d’une maison d’édition vis-à-vis de son texte ? Manque de sérieux dans la correction, mise en page pas aboutie, illustration s’éloignant drastiquement de ses attentes initiales, etc. Il y a mille raisons d’être mécontent du travail de l’éditeur. Pourtant, je pense que beaucoup de jeunes auteurs craignent de s’exprimer clairement. On préfère dire avec un sourire crispé « oui j’adore cette couverture, merci pour le travail effectué », plutôt que de dire « je l’aurais vue plutôt comme ci ou comme ça ». Alors on laisse l’éditeur faire son boulot, et parfois, après coup, on s’en mord les doigts…

Apparaissent alors des sentiments négatifs envers soi-même :

  • je devrais remercier mon éditeur d’avoir édité mon texte, au moins je suis publié/e;
  • je ne devrais pas critiquer le travail de l’illustrateur/du maquettiste, puisque je ne suis qu’auteur/e, pas designer;
  • l’éditeur a forcément plus de compétences que moi en matière de mise en page, et de travail du texte, je devrais lui faire confiance…

On peut, dans ce cas, légitimement se demander pourquoi tant de gens s’autoéditent, si les éditeurs tout puissants sont si doués que ça. C’est parce qu’il faut voir les choses dans l’autre sens :

  • je remercie mon éditeur, mais j’aimerais que nous puissions faire un travail professionnel de A à Z (c’est mon nom qui est inscrit sur la couverture, c’est mon premier roman, c’est ma carte de visite pour le monde de l’édition et je DOIS assurer mon avenir d’auteur si je compte faire  carrière dans le milieu) ;
  • J’ai le droit de critiquer le travail de l’illustrateur/du maquettiste. Ce n’est pas parce qu’on est pro qu’on a toujours bon goût ET la bonne vision des choses. Être pro, dans quelque domaine que ce soit, c’est aussi parvenir à se remettre en question ;
  • l’éditeur a peut-être plus de bouteille que moi dans le milieu, cela dit, il arrive à tout le monde de faire des erreurs et j’ai le droit d’exprimer librement les endroits qui pour moi posent problème dans le texte (erreurs dont je suis AUTANT responsable que l’éditeur).

L’important, c’est que l’éditeur et l’auteur soient ouverts à la discussion et à l’évolution du projet, non pas dans une relation dominant/dominé, mais dans un partenariat, main dans la main. Le succès ne retombera pas juste sur l’éditeur, ou juste sur l’auteur, mais bien sur les deux ! De même que l’échec. Si l’entente se brise entre les deux, cela peut avoir des conséquences désastreuses, qui peuvent aller très loin, jusqu’à des accusations, des procès en justice, etc.

Le milieu de l’édition n’est PAS un monde de bisounours, loin de là. Vous rencontrerez toujours des jalousies, des mesquineries, des conflits d’intérêt. Que ce soit en tant qu’auteur OU éditeur, vous croiserez des gens qui tenteront de tirer profit de vous, de vous utiliser. Eh oui, c’est comme l’école, ou le milieu du travail. Il ne vous restera qu’à trouver des gens de confiance, avec qui vous aimez travailler, pour vous entourer et vous soutenir.

L’autoédition ne me met pas à l’abri de ce genre d’ambiances délétères, des bruits qui courent sur untel ou unetelle, mais cela m’allège de toute une série de complications malvenues. De plus, je suis plus que satisfaite du travail de la maison d’édition qui a pris en charge mon roman jeunesse, ce qui est bien la preuve que l’on peut aussi tomber sur des gens sérieux, honnêtes, encourageants et proactifs.

Je tiens tout de même à finir cet article sur une note positive : même si la recherche d’un bon éditeur peut prendre du temps, ne lâchez pas l’affaire. Accrochez-vous à votre passion, persévérez. Si vous vous en sentez capable, l’autoédition sera toujours possible, avec ses nombreuses facettes et possibilités. Il existe de plus en plus de modèles originaux d’édition, qui coûtent peu cher et offrent un résultat convenable. L’édition avec une vraie maison d’édition derrière vous, un système de promotion et de distribution, sera toujours la bienvenue, bien sûr, mais ce n’est pas, ça ne sera jamais, votre seule option.

 

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