Nechtaànomicon – Manon Elisabeth d’Ombremont – coup de cœur

Imaginez le type le plus détestable possible. Ajoutez-lui un corps de bishônen (joli garçon en japonais), un caractère de diva égocentrique au possible, et une nature démoniaque pas piquée des hannetons… Voilà, vous connaissez à peu près Nechtaàn.
J’ai lu le Nechtaànomicon en deux fois : d’abord sur mon iPad (qui me fut dérobé), et des semaines plus tard, sur ma liseuse. Au début de ma première lecture, j’ai eu l’impression d’être un petit poisson tout gentil qu’on avait balancé dans un océan rempli de requins. L’univers de Manon surfe sur la vague de la city fantasy, mais en se réappropriant complètement les concepts. L’histoire se passe dans une réalité parallèle, avec notre monde en référence (juste assez pour ne pas perdre le lecteur).On suit les déboires d’un démon, le fils de Belial, forcé de s’incarner dans des corps humains pour survivre, puisque l’Enfer paternel lui est interdit. Ses pouvoirs sont bridés à cause des sceaux posés par Belial. Il ne peut rentrer chez lui, et il ne peut pas vraiment faire ce qu’il veut même s’il se targue du contraire. Son but : récupérer sa pleine puissance et aller botter le cul du vieux grincheux qui a osé le punir de la pire des manières. Il va s’entourer de créatures en tous genres (sorcières, vampires, et autres) pour compenser ses pouvoirs défaillants. Seulement, rien ne se passera comme prévu.
Manon nous balance dans son univers sans aucune considération pour notre sensibilité ou notre ignorance de ses règles (même si elle nous fait un petit mot d’introduction pour nous mettre en garde…). Ses personnages sont tous pervers, brisés, défaillants socialement, ce qui crée des interactions explosives. Elle joue de finesse psychologique pour faire résonner la corde de l’empathie chez ses lecteurs alors qu’elle banalise l’horreur et la violence avec un petit sourire ironique.
On sent qu’elle a l’habitude de faire du jeu de rôles, par cette facilité qu’elle a à créer des interactions cohérentes entre ses personnages. Aussi, les personnages sont au centre de toute l’intrigue, et le contexte politico-social sert simplement de décor à leurs dramas. De plus, ses chapitres courts et bien construits créent une dynamique efficace et rendent le récit vraiment addictif. Je suis contente, malgré tout, d’avoir été « forcée » de relire les premiers chapitres, car à la deuxième lecture, j’ai capté de nombreux détails qui m’avaient échappé la première fois.
Manon a une plume jeune et pleine de peps, en accord avec son univers. Ce qui ne l’empêche pas de faire de belles phrases bien construites, servies par un vocabulaire riche et contextuel. J’ai vraiment hâte de voir ce que donnera la suite des aventures de Nechtaàn !
Je le conseille aux amateurs de city fantasy qui veulent être un peu secoués et questionnés sur la nature humaine, l’amour et le pouvoir.

Enfant du chaos – Eva Simonin – chouette lecture

L’histoire se passe dans la contrée d’Okkia. Dans cet univers un peu particulier, il existe plusieurs mondes, reliés par un portail appelé le Seuil, qui est sujet aux fluctuations des différentes énergies magiques traversant le monde. Les énergies sont représentées et incarnées par des figures divines. Le jour où le dieu de l’équilibre meurt, le chaos commence à se répandre dans le monde, et des spectres terriblement dangereux se matérialisent pour attaquer sans distinction les humains à portée de main.
Anielle, rescapée de l’attaque d’un de ces monstres, est sauvée par une bande de pompiers. Les pompiers sont autant en charge de s’occuper des incendies que des attaques de spectres. Ils doivent donc garder en permanence un œil sur les fluctuations d’énergie chaotique.
Anielle est un peu particulière. Au début, elle ne s’en rend pas compte, et s’étonne à peine de souffrir d’une forme d’amnésie qui la rend presque insensible à son propre passé. Un événement va se produire, qui va lui révéler sa vraie nature, et par la suite, elle va devenir l’instrument de gens puissants, car il est souvent plus facile de remettre son destin entre des mains que l’on pense expertes plutôt que d’affronter ses propres questionnements seul et prendre ses décisions par soi-même. Ainsi, elle se retrouvera mêlée à des affaires qui la dépassent de loin.
J’ai beaucoup aimé l’évolution d’Anielle, que j’ai trouvée extrêmement pertinente. Je ne peux trop en dire au risque de dévoiler des pans importants du scénario.
Sans pour autant totalement m’emporter dans son univers, l’auteure est parvenue à toucher ma sensibilité d’écrivain, en choisissant avec soin les scènes présentées, en les agençant avec finesse et pertinence, en apportant les réponses au bon moment. Si au début j’ai trouvé les premiers chapitres longs et lents, j’ai dû admettre qu’Eva avait eu raison de présenter son histoire de cette façon.
Sans être tout à fait du Young Adult, l’histoire aborde la question de l’adolescence, du passage à l’âge adulte, de la prise de responsabilités. L’héroïne se doit, à un moment, de prendre ses décisions par elle-même et pour elle-même.
Par contre, j’ai lu vite fait dans une chronique (je ne sais plus sur quel blog) que c’était bien de montrer une héroïne qui assume ses pulsions sexuelles. Je tiens à dire que je ne suis pas du tout d’accord avec cet avis. Certes, Anielle accepte le fait d’avoir besoin d’une relation physique, mais elle ne l’assume qu’à peine puisque quand elle est confrontée au regard des autres, cela augmente son sentiment de culpabilité. La relation qu’elle entretient avec ce jeune homme (dont je ne révélerai rien ^^), est le résultat d’un mal-être et l’expression d’un besoin d’affection jamais comblé. Cette relation qui n’aboutit pas ne fait qu’entretenir une part de ses mauvais choix, à mon sens. Si j’admire l’auteure, d’avoir osé présenter la relation physique dans tout ce qu’elle peut ne pas avoir de romantique, je refuse de dire que « c’est bien de montrer une jeune femme qui accepte ses appétits sexuels ».
En résumé, j’ai passé un excellent moment, mais s’il y a bien une suite, je ne pense pas que je la lirai, simplement parce que pour moi, ce roman n’en a pas besoin. Certes, tout n’est pas expliqué, certes, l’univers recèle probablement encore bon nombre de secrets qu’il serait intéressant de découvrir, mais pour moi, l’aventure d’Anielle s’arrête à la dernière page de ce livre.

Rêves d’Utica – Roznarho – coup de cœur

Rêves d’Utica me semble presque impossible à résumer, étant donné le nombre de concepts qu’il aborde, la richesse de son univers, la profondeur de ses personnages. C’est un récit complet et complexe.
Nous suivons les aventures d’Alyss, une jeune fille défavorisée par la nature et la société. Petite et maigre, tout juste ado, elle n’avait pas vraiment d’amis dans les Pentes durant son enfance. Mais après la cérémonie qui a pour but de révéler son utilité à la société, elle devient une paria, pourchassée par les autres enfants, martyrisée, violentée. Pourquoi ? Parce qu’on l’appelle La Rêveuse. Et personne, dans les pentes de la Zone 3, ne voit d’utilité à rêver. Le monde est tel qu’il est, et il faut en tirer le meilleur parti possible.
Suite à la Grande Guerre, le monde s’est vu totalement ravagé, défiguré. De nombreux humains ont trouvé la mort, et ceux qui restent peuvent tout juste survivre. Ils tiennent le coup parce qu’ils ont pour espoir d’être choisis un jour pour se rendre à Utica, une cité utopiste qui promet une vie agréable dans un jardin d’Eden terrestre.
Seulement, cela fait des générations que les différentes zones d’embarquement pour Utica existent, et les populations sombrent dans des dérives en tous genres. Un jour, le père d’Alyss décide de porter un coup fatal au Système, pas parce qu’il veut sa place à Utica, mais parce qu’il désire enfin « vivre » et cesser d’attendre une place pour un voyage vers un lieu dont il ignore tout. C’est là que l’aventure d’Alyss démarre vraiment.
Roznarho a une plume jeune, encore fraîche et parfois innocente. Certains passages éblouissent par leur maîtrise, d’autres sont déjà très bons mais pourraient être meilleurs. Mais son histoire touche à tellement de thématiques, proches de l’individu, de la nature, et du monde, que l’on ne peut qu’ignorer ses petites maladresses. Elle possède aussi une culture impressionnante, qui se reflète dans chaque chapitre, dans chaque concept utilisé. Elle maîtrise tous les aspects de son univers et jongle avec le lecteur avec une facilité déconcertante.
J’ai vraiment adoré, parce que l’univers m’a fait rêver et voyager. J’ai adoré découvrir le parcours du Nil, les terres d’Afrique dont je connais très peu les décors, et j’ai surtout adoré le découvrir par les yeux de son auteure, avec sa sensibilité, son émerveillement, son amour pour la nature et son optimisme quant à l’avenir de l’humanité. Ce livre est un message d’espoir à tous les niveaux, qui rappelle que chaque individu fait partie de ce monde et peut lui apporter des changements à son échelle.

Lecture en cours : La 25ème heure – Feldrik Rivat

 

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