…Ou comment le récit se détache de ses inspirations pour devenir indépendant.

Comme je le disais dans un article précédent, il est très difficile de construire une idée totalement nouvelle, surtout dans un monde où l’idée de chacun s’exprime de tous les côtés, où il est si facile d’être lu et de partager sa pensée. Et en même temps, cette difficulté n’est qu’une illusion ! Il y aura toujours de nouvelles idées à explorer, de nouveaux concepts à développer, de nouveaux angles d’étude et d’observation. C’est ça qui fait la richesse de la pensée humaine.

En revanche, il faut se méfier d’une impression personnelle de nouveauté, à moins de connaître globalement ce qui a déjà été produit dans le carcan que l’on exploite soi-même (ce qui n’est franchement pas évident, même quand on est plongé en permanence dans un type d’univers).

Car ne dit-on pas que : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ?

Quand on est jeune lecteur, que l’on a un panorama assez restreint de la littérature, on pourrait rapidement penser avoir (ou lire) une idée de génie… Il faudra, à mon sens, veiller à détacher son propre avis d’une forme de vérité générale. Ce n’est pas parce que, pour moi, Hunger Games et Btoom! ne sont que de ersatz de Battle Royale que tout le monde y verra la même référence.

La question que je pose ici est la suivante : comment faire pour détacher son récit des sources d’inspiration qui l’auront fait naître tout en restant fidèle à sa propre idée de base ? Comment, en somme, transformer son récit de l’état de « copie de » ou « référence à » en histoire unique, qui pourra, elle, devenir référence à son tour ? Car au final, n’est-ce pas le désir de tout auteur, de marquer ses lecteurs au point de devenir une référence du genre exploité ?

Je pense que cette question mériterait de faire l’objet d’un essai, car elle nécessiterait d’analyser les mythes fondateurs en fonction des époques et des paradigmes, des contextes de société. Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, les jeunes considèrent Harry Potter avec tant d’émerveillement, là où JK Rowling « n’a fait que » reprendre des mythes, des légendes, des concepts existants pour écrire une histoire si fascinante ? Comment Tolkien a pu créer un tel engouement autour de la fantasy en allant simplement piocher dans de vieux mythes pour les réagencer dans un format complexe, si éloigné de la réalité de son époque ? Pourquoi Lovecraft a tant marqué les esprits avec ses créatures divines et horrifiques ?

En bref, quel est le point commun entre tous ces auteurs de l’imaginaire qui ont créé des genres ou des tendances ? Qu’est-ce qui fait que leurs histoires fonctionnent mieux que celles d’autres auteurs ?

Pour moi, il y a deux axes à analyser : la profondeur de la pensée, et la richesse technique du texte.

1.La profondeur de la pensée

Ça fait un peu snob, formulé de cette façon, hein. La profondeur de la pensée… On n’a pas tous fait des études de philosophie, ou de littérature, et on n’a pas forcément envie de se chatouiller le nombril en écrivant des pavés grandiloquents parlant des tréfonds de l’âme humaine. Cela n’empêche qu’une idée bien pensée, bien ficelée, sera toujours plus plaisante à lire qu’un récit vite torché, criblé d’incohérences.

Du coup, je pense qu’il est important de bien construire son récit. J’en avais déjà parlé dans ma liste de trucs et astuces pour aider à l’écriture du premier roman. L’idéal, c’est que votre récit soit le reflet d’une pensée unique : la vôtre. Pourquoi unique, me direz-vous, dans ce monde qui cherche à tout prix à nous faire rentrer dans des cases et nous coller des étiquettes ? Parce que chaque individu est constitué d’une somme d’idées, de pensées, d’expériences qui lui sont propres, que son cerveau aura intégrées de manière elle aussi inimitable. C’est ce qui fait que vous êtes vous. C’est ce qui fait que l’humanité continue de créer de nouvelles choses en permanence.

C’est ce qui fait aussi que l’on peut continuer à créer des aphorismes, même aujourd’hui, même alors que cela fait des milliers d’années que l’être humain réfléchit, cherche à comprendre, analyse et construit.

En cela se trouve la preuve que l’on peut encore créer des histoires, créer de nouvelles idées.

En gros, je vous conseille de ne jamais vous arrêter à votre idée première, de toujours chercher à l’enrichir. De penser à tout ce qui se passera en dehors du cadre de votre histoire. D’élaborer des personnages en profondeur et de ne surtout pas vous cantonner aux clichés et archétypes. Comme le dit George Martin, personne n’est toujours gentil ou méchant. Chaque personnage est constitué d’une palette d’émotions et de comportements tout en nuances de gris (et non, je ne parle pas de ce vilain Christian).
Et c’est pareil pour un univers constitué : il est composé d’une palette de cultures, de pensées, d’être humains différents, qui créent un patchwork riche et vivant.

C’est la multiplicité des idées ou des aspects d’une même idée qui donnera à votre récit sa profondeur.

Bien sûr, tout ne sera pas neuf dans ce que vous allez raconter. Et c’est là qu’on va parler de technique.

2.La place de la technique dans l’écriture

Oui, parce que l’écriture, c’est aussi technique. Je vous ai déjà ennuyés avec les verbes être (et de manière plus globale on pourrait parler des tournures de phrases dites faibles), je vous ai aussi parlé du choix des temps employés et des narrateurs. Mais ces quelques éléments sont anecdotiques en comparaison avec la somme de choix techniques qui s’offrent aux auteurs.

La place de la technique est aussi essentielle que le choix des idées opéré en amont de l’écriture.
L’écriture s’appuie sur la langue.
La langue, c’est un code, un ensemble de termes associés à un sens (ou souvent plusieurs) qui s’agencent entre eux pour constituer des idées complexes, sur base de normes et de règles.
Et à partir du moment où l’on s’appuie sur des règles (des conventions), entre en scène la maîtrise technique.

Le cerveau de l’être humain s’échine à donner un sens à toute chose, même quand il n’y en a (peut-être) pas, à structurer une idée, une pensée.
L’écriture, c’est une des formes de structuration de la pensée. C’est un moyen de donner un sens à ce qui n’en a peut-être pas (et cela rejoint la question de la Destinée, du héros, mais aussi de la religion et de la pensée scientifique ou philosophique, mais là je vais déjà trop loin).

Donc, pour maîtriser le message que recevra votre lecteur quand il ouvrira votre roman, idéalement il vous faudra maîtriser le medium de communication et ses normes, donc la langue. Bien sûr, on ne vous demande pas d’être diplômé de linguistique, de faire partie de l’Académie française et de maîtriser toutes les figures de style. Cependant, pour apporter de la richesse à votre récit, votre plume devra tout de même receler des trésors d’inventivité pour happer le lecteur, que ce soit dans la richesse des dialogues, dans la profondeur de l’analyse psychologique des personnages, dans la beauté ou l’efficacité dans les descriptions, ou encore dans le pouvoir suggestif de vos mots. En bref, vos choix de constructions de phrases et de vocabulaire devront être évocateurs.

C’est donc par l’association d’une richesse d’idées et d’un pouvoir d’évocation de votre plume que vous pourrez construire un récit puissant. Et cela demande beaucoup de travail, de remise en question, de recherche en amont de l’écriture. ^-^

 

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