La 25e heure – Feldrik Rivat – coup de cœur

Dans un Paris hivernal et sombre de 1888, nous suivons les aventures de deux inspecteurs de Police. L’un, baroudeur austère et entouré de mystère, que l’on appellera plus souvent par son surnom – le Khan – que par son nom – Eudes Lacassagne -, et l’autre, un jeune homme fringant, malin et si innocent, nommé Louis Bertillon. Ces deux personnages que tout semble opposer vont se lancer dans une traque sans fin dans tous les recoins sordides de Paris, pour tenter de découvrir ce qui se cache derrière la disparition mystérieuse de cadavres, et l’apparition, tout aussi étrange, de chrysanthèmes noirs.
Je me dois de saluer Feldrik bien bas, autant pour la maîtrise de sa plume que pour celle du contexte. Il nous offre un récit qui mêle sans aucun doute deux de ses passions : l’Histoire et le théâtre.
l’Histoire, d’une part : non seulement, il parle de ce Paris du passé comme s’il y avait vécu, par le regard d’un homme qui ne dort pas, qui connaît la ville comme sa poche et la sillonne sans répit, mais en plus il place chaque élément dans son contexte historique, mettant en avant les avancées de la médecine légale de cette époque et les prémices du développement de la police scientifique. Les noms des personnages célèbres de ce temps sont utilisés à bon escient. Si je ne les connaissais pas tous, Feldrik a réussi à titiller ma curiosité, et me donner l’impression d’apprendre des choses.
Le théâtre d’autre part : dans sa façon d’écrire, Feldrik fait transparaître une grande dimension théâtrale, dans les dialogues comme dans les descriptions. Le récit est raconté au présent, ce dont je ne suis pas grande amatrice, si bien que par moments durant ma lecture mon cerveau transposait seul les verbes à l’imparfait ou au passé simple, ce qui était légèrement déroutant. Seulement, son utilisation du présent donne une dimension scénographique à ses descriptions, ce qui fait que l’on finit par imaginer les personnages sur une scène de théâtre, et ce d’autant plus à la lecture des dialogues au caractère grandiloquent.
En parlant des dialogues… Je suis restée admirative devant la connaissance linguistique de l’auteur : utilisation consciente et affirmée de figures de style, richesse du vocabulaire en accord avec l’époque narrée, et surtout l’utilisation de l’argot. Cela donne lieu à des dialogues simplement savoureux que l’on prend plaisir à lire à haute voix. Je saluerai aussi l’utilisation du louchébem, que je croisais pour la première fois dans un roman.
En bref, je ne suis qu’amour pour ce roman tout bonnement époustouflant à tous les niveaux ! Je pourrai simplement lui reprocher par moments une trop grande intensité, mais c’est pourtant ce qui le rend si exceptionnel. Je crois n’avoir pas encore lu jusqu’à aujourd’hui, chez les auteurs contemporains, quelque chose qui soit du même acabit.
Bravo et merci, Feldrik, pour ce magnifique roman.

Le souper des maléfices – Arleston –  agréable lecture

Chez ActuSF, la collection BadWolf est apparue il y a peu. Le principe de cette collection est, il me semble, d’aborder un certain type de sujet à travers des récits de fantasy (je ne vais pas vous dire quoi, sinon ça vous gâcherait le plaisir :p et il y a d’ailleurs un concours en rapport avec ce mystère). Il y a déjà, à ma connaissance, trois romans publiés dans cette collection : celui-ci, les poisons de Katharz et Anasterry.
J’ai commencé par le Souper des Maléfices bien que ce soit le deuxième paru dans cette collection. Je ressentais une vive curiosité par rapport à Arleston – qui est plus que célèbre dans le domaine de la BD – : je me demandais ce qu’un scénariste BD pourrait nous pondre en roman, même si je savais qu’il aurait tous les bons outils pour bien construire son récit, et y ajouter sa dose particulière d’humour qui nous plaît tant dans l’univers étendu de Lanfeust.
Je dois admettre que j’avais vraiment peur que ce soit mauvais, car ce qui marche en dessin ne fonctionnera pas forcément en roman, à mon sens. Enfin, c’est ce que je pensais avant de lire le Souper des Maléfices.  Mes attentes n’allaient pas bien haut, mais Arleston a crevé le plafond (sauf pour une déception – scénaristique en plus ! – mais dont je ne donnerai aucun détail au risque de vous spolier un élément essentiel de l’intrigue).
On suit donc les aventures croisées de deux personnages : une jeune femme qui s’entraîne pour devenir espionne d’élite, et un jeune cuisinier qui a un talent incommensurable. Leurs chemins vont se croiser d’une bien étrange façon. Depuis quelque temps dans la ville, les gens commencent à se comporter bizarrement face à la nourriture : certains ne boivent plus qu’une vilaine bière peu goûtue mais terriblement addictive, et les autres ne mangent plus qu’un pain insipide, mais qui remplit l’estomac si efficacement que les pauvres y voient un moyen pas cher de survivre. L’espionne a pour mission de découvrir pourquoi les cadavres d’honnêtes citoyens s’empilent dans les rues en même temps que ceux des espions royaux. Le cuistot, de son côté, reçoit pour ordre de son maître, un noble ventripotent, de lui trouver des céréales de qualité pour lui servir un pain digne de ce nom et pas cette horreur sans goût que l’on trouve partout en ville.
J’ai adoré les personnages, bien construits, complets, attachants, et l’histoire est prenante ! C’est plutôt bien écrit, quoique vraiment léger (et après la 25e heure, ce fut un choc de revenir à une écriture plus douce, plus légère), et bourré d’humour.
Le souper des maléfices se lit très facilement et très agréablement. Si l’histoire se déroule dans un univers médiéval fantastique, il aborde des questions d’actualité, et touche des points sensibles. On y retrouve la finesse de l’auteur dans le scénario (malgré l’incohérence qui m’a un peu gâché mon plaisir), et le côté déjanté.
J’ai vraiment passé un bon moment de lecture. Je le conseillerais aux amateurs de fantasy qui veulent un peu se rafraîchir avec un récit léger d’apparence mais porteur d’un véritable message.

les sœurs Carmines Tome 1 – Ariel Holzl – agréable lecture

Dans ce roman pour ado, Ariel nous offre un univers sombre mais déjanté, un peu burtonien, servi par une narration simple mais efficace.
Les sœurs Carmines sont trois jeunes filles qui vivent entre la basse et la haute ville. L’aînée est en âge de se marier, la deuxième préfère ne pas y penser, et la troisième a tout juste huit ans. Leur mère a disparu depuis de longs mois, les abandonnant à leur triste sort dans la ville de Grisaille qui n’a vraiment rien d’accueillant ou de tolérant pour les jeunes âmes éplorées. À Grisaille, le meurtre et l’assassinat sont monnaie courante. La charité n’existe pas. Les métiers de monte-en-l’air et assassin peuvent rapporter gros à condition que l’on connaisse les bonnes (enfin, plutôt les mauvaises) personnes.
Pour survivre, les trois jeunes filles ont dilapidé la dot de l’aînée. Il ne leur reste donc plus qu’à essayer de grappiller de l’argent où il se trouve. C’est ainsi que la deuxième, Merryvère, se lance dans la profession de monte-en-l’air. Mais au lieu de gagner de l’argent, elle ne va apporter à sa famille que des ennuis…
Le récit est narré de deux façons différentes : d’une part, une narration simple à la troisième personne où l’on suit les deux aînées, et d’autre part le journal intime de la cadette qui raconte tous ses déboires. Comme les deux grandes sont souvent occupées à courir, les toits pour l’une, les bals pour l’autre, elles n’ont pas le temps de s’occuper de la petite. Celle-ci, accompagnée de son étrange doudou qui parle dans sa tête va vivre une véritable aventure de son côté.
J’ai beaucoup aimé la subtilité de l’univers, que l’on sent riche et bien travaillé. Les trois filles ont des caractères bien trempés chacun à leur manière. Le récit est riche, et je n’y ai pas vu d’incohérences malgré le récit croisé entre le journal et le reste de l’histoire. Il y a de l’humour, de l’action, de l’intrigue, de la violence (mais pas trop), de la romance (mais pas trop), et juste ce qu’il faut de descriptions.
Je le conseillerais aux lecteurs de Neil Gaiman ou de Clive Barker qui voudraient découvrir un jeune auteur avec un univers plus frais, clairement sous l’influence de Tim Burton (durant ses bonnes années…). Je ne dirais pas que c’est un coup de cœur, mais pas loin, vraiment pas loin. 🙂

les poisons de Katharz – Audrey Alwett – agréable lecture

Toujours dans la collection BadWolf.
L’auteure nous raconte l’histoire d’une ville un peu particulière. En effet, Katharz accueille toutes les pires crapules dont les trois villes qui la chapeautent ne veulent plus, telle une prison géante. Aussi, le meurtre y est monnaie courante, et la dirigeante de la ville, la tyranne Ténia Harsnik veille à ce que le métier d’assassin reste une carrière enviable en offrant des titres aux assassins les plus inventifs ou efficaces.
Cependant, quand on est envoyé à Katharz, impossible d’en ressortir. La ville est entourée d’une muraille magique, la porte enchantée ne laisse passer que ceux qui en ont l’autorisation, et un vieillard de l’administration, un zombie croulant, veille précieusement sur la seule clef permettant d’ouvrir la porte.
Quand démarre le récit, nous sommes à un peu plus d’un mois de l’apocalypse. En effet, la ville est construite sur la prison d’un démon, enfermé là par un ange qui s’est barré avec ses potes emplumés vers d’autres cieux il y a de ça un millénaire. Et le démon pourra quitter sa prison de pierre à condition que se trouvent sur son dos une centaine de milliers d’âmes. Qui eut cru qu’un jour Katharz abriterait 90 000 assassins, coupe-jarrets, voleurs, menteurs et autres mauvaises engeances ?
On suit les aventures de Dame Carasse, qui a pour mission de veiller sur la ville dont elle connaît le secret, et sur sa tyranne (qui finalement agit pour le bien commun !).
L’histoire traite de sujets sérieux, proches de nos inquiétudes actuelles, mais dans un contexte rempli d’un humour cynique à la limite de l’absurde. On me l’avait vendu comme un digne successeur au Disque-Monde, et je reconnais que j’y ai trouvé beaucoup de points communs avec la plume de Pratchett, sans pour autant se réduire à une « pâle copie » du maître de la fantasy parodique.
En conclusion, une excellente lecture, pleine de richesse et de rebondissements, dont j’ai hâte de découvrir la suite (puisque les chroniques de la terre d’Airin pourraient bénéficier d’une suite un jour).

Bratva – Larme Bleue -Manon Elisabeth d’Ombremont – lecture coup de poing

Manon, ou comment faire du thriller sans avoir l’air d’y toucher.
Bratva raconte l’histoire de la tordue Rayna, assassin esthète, artiste droguée et cinglée, qui joue avec les corps de ses victimes, et s’extasie devant la beauté du sang. Travaillant pour le crime organisé en Russie, elle n’est pas une tendre, loin de là, puisqu’elle est rentrée dans les affaires de manière plus que brutale, et c’est cette violence qui guidera sa vie. Elle n’a aucune notion du monde réel, vit dans une espèce de bulle un peu tordue créée et accentuée par son Maître, Vassily Aslanov. Celui-ci lui donne des contrats, et elle, elle exécute, dans tous les sens du terme. Elle se produit aussi en « public », devant une foule triée sur le volet d’invités du Maître. Un jour, la fille de Vassily bouscule sa routine.
Eleyna Aslanov est un peu tout l’inverse de Rayna : douce et fraîche, innocente d’une certaine manière, elle évolue au milieu des mafieux mais sans véritablement faire partie de la Famille. Elle n’a aucun rôle dans l’organisation, aucune place véritable, pourtant elle va se retrouver au cœur d’un conflit entre familles.
Dans Bratva, on découvre la Mafia russe sans vraiment rentrer dans les détails. On pénètre l’esprit d’une malade mentale, avec sa vision décousue du monde, et surtout totalement indifférente. Peu de descriptions, peu d’informations sur les qui, quand, où, comment. C’est à la fois perturbant et agréable, et c’est surtout ce qui rend la lecture aussi facile et rapide.
J’ai beaucoup aimé ce récit court, même si j’ai clairement eu un goût de trop peu. Je pense que Manon aurait eu la capacité d’aller beaucoup plus loin dans sa façon de traiter le sujet et le contexte. Cependant, l’histoire commence avec Eleyna et finit avec Eleyna, comme si Rayna n’avait pas eu de vie propre avant, et surtout comme si elle ne méritait pas d’en avoir une après.
J’ai adoré la fin, les dernières pages, la plongée dans les pensées d’Eleyna, la conclusion cruelle et déchirante. Parce que Rayna n’avait pas vraiment mérité de Happy End. Ou bien était-ce sa Happy End ?

La Passe-miroir, tome 2 : les disparus du Clairdelune – Christelle Dabos – Coup de cœur

Si le premier tome de cette série m’avait beaucoup plu, je l’avais trouvé un brin trop lent par moments, et un peu faible sur certains passages. Cela dit, l’univers m’avait charmée dès les premières pages, et je l’avais dévoré en quelques jours.
Les Fiancés de l’Hiver, le premier tome, introduit un univers fantasy très original : la terre est divisée en plusieurs arches flottant dans les airs depuis la Déchirure. Sur chaque arche, un peuple vit sous la coupe de son Esprit de Famille. Chaque famille possède une catégorie de pouvoirs qui se divise en sous-branches. Nous suivons Ophélie, animiste (qui a donc le pouvoir d’animer les objets) et passe-miroir, qui se retrouve à devoir abandonner son musée et ses pièces historiques datant d’avant la Déchirure, pour aller se marier avec Thorn, un jeune bâtard issu d’un clan principal déchu de l’Arche du Nord. Le mariage a été validé par les deux Esprits de Famille, et par les mégères qui dirigent l’arche d’Anima.
Dans le deuxième tome, Ophélie a enfin été présentée à la cour de l’Arche du Nord, et rencontre l’Esprit de Famille pour la première fois. À partir de là, tout va s’accélérer. Si l’on avait déjà bien compris une partie des enjeux qui entouraient le mariage d’Ophélie avec Thorn dans le premier tome, les Disparus du Clairdelune nous emmène encore plus loin dans les intrigues de cour, les luttes d’espionnage, les assassinats, les manigances pour discréditer untel ou unetelle.
J’ai trouvé que Christelle avait très bien réussi à se défaire de ses petites faiblesses du premier tome, et à nous emporter avec brio dans les méandres de son univers, jouant sur la tension narrative avec beaucoup de finesse. Ce livre a réussi à me faire rire, pleurer, me ronger les ongles, et me faire palpiter le cœur comme ça ne m’arrive pas souvent. C’est une excellente série pour ados, qui malgré tout traite de sujets intéressants pour un lectorat plus mature, qui ne vire dans aucun excès.
En bref, c’est un gros coup de cœur ! Heureusement que le tome 3 sort bientôt. 🙂

Ma lecture en cours : Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye.

Publicités