Les puissants, tome 1 : Esclaves – Vic James – agréable lecture

L’histoire de cette nouvelle série se passe dans une version alternative dystopique de notre propre monde. En Angleterre, les Doués ont pris le contrôle du pays suite à un grand événement historique, la Grande Démonstration. Les Doués, ou les puissants, sont des gens dotés de pouvoirs « magiques » dont ils usent pour asseoir leur supériorité. Dans cette Angleterre alternative, les gens normaux doivent donner dix ans de leur vie aux puissants, dix ans d’esclavage ou de servitude. Ils sont alors envoyés dans des cités ouvrières, où ils travaillent six jours sur sept, sans relâche, sans salaire, sans possibilité de choisir leur affectation.
Abigaël est une jeune femme très intelligente, elle pourrait rentrer à l’université, faire des études prestigieuses, devenir médecin comme elle en a l’intention. Sauf qu’elle devra bien un jour ou l’autre faire ses dix années de servitude, ainsi que ses parents. Elle décide alors de tous les inscrire, ses parents, elle, son frère et sa petite sœur, pour remplir tous ensemble leurs dix années d’esclavage. Elle a envoyé leur candidature pour entrer au service d’une de ces fameuses familles de puissants, en se disant qu’être serviteurs dans une grande maison tous ensemble serait toujours moins pénible qu’être ouvriers dans des villes dégueulasses chacun séparément. Sur le principe, elle n’a pas tort, mais elle découvrira rapidement que cet endroit, Kyneston, n’est pas vraiment le paradis qu’il paraît être.
Au niveau des idées de base, le roman n’est pas hyper original : riches contre pauvres, doués contre non-doués, situation politique et sociale sur le point d’exploser, romances et relations peu conventionnelles entre doués et esclaves,… Pourtant Vic James arrive à ajouter sa petite touche très personnelle qui rend l’histoire accrocheuse, intéressante. J’ai préféré certains personnages secondaires aux personnages principaux que je trouvais trop naïfs alors que l’auteur nous montre par d’autres points de vue que son univers n’a rien de sympathique.
Le rythme de la narration est bon, on ne s’ennuie pas et pourtant l’auteur n’hésite pas à nous abreuver de détails historiques, de noms, d’arbres généalogiques. J’admets, sur ce point, avoir eu un peu de mal à comprendre les ramifications des familles dirigeantes. Il y a aussi deux ou trois retournements de situation qui m’ont surprise, surtout à la fin. J’attends de voir la suite. 🙂

Les Seigneurs de Bohen – Estelle Faye – coup de cœur

Les Seigneurs de Bohen nous raconte l’histoire de la chute d’un empire nécrosé et figé depuis trop longtemps, du point de vue de gens simples qui se rejoignent par un désir commun de liberté. Estelle nous présente plusieurs personnages charismatiques, nuancés, terriblement réels, attachants, dans un univers rude, sans pitié pour les gens faibles. Son univers est vivant, vibrant, sombre et envoûtant.
Ici, pas de prince en armure, de délicate princesse, de roi courageux, de terrible chevalier, d’armées imposantes. On ne suit que des individus d’apparence secondaires. Une morguenne, un chef mercenaire, un tueur solitaire, une sœur guerrière, une jeune repriseuse, un clerc de notaire devenu prisonnier mineur, une jeune femme aveugle, et bien d’autres estropiés de la vie. Ces individus vont, chacun à leur manière, participer à faire entendre la voix du peuple fatigué d’un système politique vieilli, éculé, qui ne remplit plus son rôle. Ils vont faire entendre la parole de leur cœur, de leur âme même, à travers un récit à plusieurs voix parfaitement épique.
Derrière cela, il y a la résurgence d’un passé que les premiers empereurs ont tenté d’effacer de la mémoire du peuple. Ils disent « avant, c’était pire, croyez-nous. Des bêtes dirigeaient le monde, des créature sanguinaires et horribles ». Ils tentent de justifier par tous les moyens se désir d’effacer le passé en prétendant qu’il est bien trop horrible pour qu’on cherche à s’en souvenir.
Aussi, il y a les terribles bateaux noirs qui rôdent près des côtes, attendant la faiblesse de leur protection magique pour débarquer sur les terres et tuer, piller. Des Monstres horribles. La dernière menace, le cadeau empoisonné des précédents maîtres du monde.
J’ai aimé chacun des personnages d’Estelle, et je l’ai détestée, elle, à plusieurs reprises. Pourtant, chaque passage, chaque scène, chaque symbole, était maîtrisé, travaillé, ciselé avec détail et précision. Estelle nous fait diablement bien passer les émotions de ses personnages, elle les rend attachant en dépit de leurs pires défauts.
Mon personnage préféré est Sorenz, sans conteste, et de fait, je ne peux qu’adorer Sainte-étoile. 🙂
J’admire et je salue l’auteure pour la maîtrise de son univers, pour sa richesse, sa profondeur, sa noirceur et sa lumière, et je le recommande à tous les amateurs de fantasy qui cherchent les perles de la fantasy francophone.

À présent, vous pouvez enterrer la mariée – Oren Miller – agréable lecture

Evariste Fauconnier et Isabeau Le Du sont un peu – un tout petit peu – comme Sherlock Holmes et son fidèle docteur Watson. Evariste, notaire de profession, fait également partie d’une charmante association d’enquêteurs spécialisés, réputés pour leur talent et leur discrétion.
Dans ce tome, qui vient après « j’agonise fort bien, merci » mais peut se lire indépendamment du premier, notre duo à l’esprit affûté enquête sur le meurtre d’une jeune femme fraîchement mariée. Elle a été retrouvée dans sa chambre d’hôtel, le corps entièrement brûlé, mais sans la moindre trace de brûlure sur sa robe de mariée ou autour d’elle. Ce n’est pas là le seul détail étrange, bien entendu. L’affaire va mener Evariste et Isabeau entre Paris, Monaco et les îles françaises, dans une danse endiablée, où tout le monde semble à la fois coupable et victime.
Si j’avais vraiment adoré « j’agonise fort bien, merci », je n’ai pas été déçue avec ce nouvel épisode du duo d’enquêteurs. On y retrouve la plume acide, précise mais tranchante d’Oren Miller. Les dialogues entre Evariste et Isabeau sont souvent tordants de rire, pas parce que ridicules mais plutôt grâce à leur grande subtilité, ironie, et souvent leur jeu sur le double sens. Dans cette aventure, Oren intègre un nouveau personnage : la dangereuse et manipulatrice Siloë Leveneur. C’est une femme qui en veut, qui a du mordant et un intellect à ne pas sous estimer. Et Isabeau la déteste, lui qui aime la franchise, l’honnêteté.
L’enquête est intriquée, et nous découvrons la majorité des indices en même temps qu’Evariste et Isabeau même si certaines scènes se passent loin d’eux, ce qui est à saluer. J’ai beaucoup aimé l’ambiance très différente de cet épisode, et j’ai à nouveau apprécié le travail fait sur le contexte historique du récit. En revanche, il y a un indice qui m’a plus que mis la puce à l’oreille environ 80 pages avant la fin, ce qui fait que je n’ai plus vraiment eu de surprise sur le dernier quart du roman.
Même s’il était à la hauteur de mes attentes et que j’ai adoré l’histoire, j’ai ressenti un petit manque, peut-être parce que le plaisir de la découverte d’Evariste et Isabeau était passé. C’était comme un plaisir attendu, qui du coup, perd un peu de sa magie… Enfin, ce qui est sûr, c’est que je continuerai de suivre Oren Miller, son duo d’enquêteurs, et les publications de l’Homme Sans Nom !

La lectrice – Traci Chee – coup de cœur

La Lectrice, c’est un livre qui parle de la lecture. C’est un livre qui raconte l’histoire du Livre, qui lui-même raconte l’histoire du livre. 🙂 En bref, ceci est un livre.
Mais quel livre ! En le lisant, j’ai retrouvé le même plaisir qu’en découvrant les aventures de Peter Pan. La Lectrice nous raconte l’histoire de Sefie, une jeune orpheline dans un monde sanguinaire. Ses parents sont morts alors qu’elle était toute jeune, et c’est une amie de ses parents, une voleuse hors pair, qui l’a recueillie et éduquée. Pour une raison que Sefie ignore, elles ont toujours vécu sur les routes, et toute sa vie, Sefie a porté un seul souvenir de ses parents, un objet scellé dont elle ignore tout. Un jour, sa vie bascule – encore une fois – de manière brutale, et elle découvre enfin quel est cet objet. C’est un livre. Sauf qu’elle ne sait pas à quoi ça sert, un livre. Oui, parce que dans ce monde, la lecture est interdite, c’est un savoir obscure et secret, protégé par une organisation.
Mais il existe plusieurs manières de lire : en effet, il arrive à Sefie de voir une autre partie de la réalité, un monde constitué de particules dorées qui se superpose à sa vision naturelle. Quand elle se concentre sur ces flux d’or, il se passe parfois des choses étranges.
Sefie va se lancer dans une quête d’apparence irréalisable : découvrir ce qu’est le livre et sauver sa tutrice. En chemin, elle va rencontrer un jeune homme, Archer, qui a oublié comment parler, et qui a été maltraité par une bande de brutes. Ces hommes le forçaient à se battre contre d’autres jeunes garçons. Archer est comme un animal sauvage, et Sefie devra l’apprivoiser.
La Lectrice est non seulement une histoire totalement épique, avec des pirates, des magiciens, des assassins, des énigmes, mais c’est aussi une très belle manière de parler de la magie de la lecture. Traci Chee nous touche par son talent de narratrice, mais aussi par tous les messages cachés dans le livre. J’ai vraiment trouvé la mise en page ingénieuse, car elle exige du lecteur qu’il cherche au-delà du texte. Et au-delà de cela, elle aborde un sujet très fort : nous, humains qui sommes si éphémères, nous cherchons à tout prix à marquer le monde de notre patte, à laisser un héritage aux générations suivantes. Nous voulons dépasser le caractère éphémère de notre existence. Mais dans un monde où l’écrit n’existe pas, il n’y a que la parole qui peut transporter l’histoire.
Un véritable coup de cœur pour La Lectrice.

La danse des étoiles – Spider et Jeanne Robinson – coup de cœur

Shara Drummond est une jeune danseuse qui ne vit que pour son art. Seulement, si sa soeur a un corps bien façonné pour la danse, Shara est trop grande, trop voluptueuse. Son corps la rend bien trop remarquable au milieu d’autres danseurs, ce qui l’exclut automatiquement de toute compagnie. Sa sœur lui fait donc rencontrer Charles Armstead, ancien danseur forcé d’abandonner à cause d’une balle reçue dans la hanche, détruisant à tout jamais ses ambitions scéniques. Norey a provoqué leur rencontre, au départ pour aider Shara à prendre conscience que ce n’était pas grave de renoncer à son rêve. Elle ne s’attendait pas à ce que ces deux danseurs frustrés de leur seule passion découvrent le moyen de continuer à la faire vivre. Au départ, Charlie filmera Shara danser seule au milieu de décors incroyables, mais cela ne suffira pas à les faire vivre. Charlie sombre dans la déprime et l’alcool, il oublie de vivre, il souffre. C’est alors que l’histoire devient complètement folle !
Shara a trouvé le moyen d’aller danser dans l’espace, en gravité zéro. Nouveau challenge, nouvel objectif. Elle embarque Charlie dans son aventure. Il leur arrivera là-haut bien des aventures qui changeront profondément leur nature, leur vision de la vie et du monde. Ils dépasseront leurs peurs, leurs angoisses, ils se libéreront de leurs attaches avec la terre.
Il y a beaucoup d’enjeux abordés dans ce livre. Bien au-delà de la danse, les auteurs nous parlent de la difficulté de l’art, de sa magie aussi. Très pertinemment, ils parlent des artistes comme de gens obnubilés par leur art, un peu à l’ouest, un peu incapables de s’adapter à des contraintes matérialistes, et qui ne s’envisagent pas autrement que pratiquant leur art.
Ce roman parle aussi du caractère éphémère de l’homme, de sa difficulté à s’affranchir de la peur de la mort, du néant, de l’oubli, qui le bloque dans tout ce qu’il entreprend. Il parle aussi d’une forme d’évolution de l’humain, qui lui permettrait de se dégager de toutes ces craintes, de pouvoir évoluer véritablement, sans barrière.
Si au début, j’ai été très surprise par le thème du livre, parce que je ne savais pas quand allait arriver ce côté SF qui au départ était totalement absent, l’histoire a su m’accrocher, m’a même totalement retourné le cerveau, est allée bien plus haut, bien plus loin que ce que j’avais imaginé. Ecrit dans les années 70, ce roman m’a surprise par son envergure, son ambition.

lecture en cours : Honor Harrington, tome 1 : mission Basilic – David Weber

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