La confusion entre l’imparfait et le passé simple est très courante dans les romans. Au début, je pensais que cela concernait surtout les Français, à cause de leur accent qui empêche, à l’oral, de distinguer le -ai du -ais. Seulement, plus je lis, plus je me rends compte que les Français ne sont pas les seuls à faire cette erreur (et d’autres) en termes de concordance des temps.

Pourtant « je regardai par la fenêtre » et « je regardais par la fenêtre », ce n’est pas exactement la même chose… J’imagine quelques regards étonnés. Ben oui, on sait bien que le français n’est pas une langue facile, et quand il peut y avoir des embûches, soyez sûrs qu’il y en aura !

Ainsi, « je regardai par la fenêtre » signifie qu’à un moment précis, j’ai jeté un œil par la fenêtre. C’est une action ponctuelle.
« Je regardais par la fenêtre » signifie que j’étais en train de regarder par la fenêtre. Voilà donc une action continue.

Concrètement, qu’est-ce que ça change dans une histoire, de mettre l’un ou l’autre ?

Eh bien, quand on a la notion de « en train de faire quelque chose », cette action pourra être interrompue par une autre. On pourra donc associer action de longue durée avec action courte et ponctuelle.

Exemple : Je regardais par la fenêtre, quand soudain je repérai un oiseau dans le ciel.
Regardais : action continue. Repérai : action ponctuelle.

Aussi, l’imparfait (donc en -ais, pour ceux qui ne suivraient pas au fond de la classe) permet d’exprimer des états constants.

Exemple 1 : J’aimais la danse. Tous les jours, je faisais mes exercices devant le miroir. J’adorais encore plus danser en groupe car cela me procurait à chaque fois un bonheur incommensurable.
Exemple 2 : Dès cet instant, j’aimai la danse (à cette période précise ou à partir de ce moment). Tous les jours que dura le stage, je fis mes exercices devant le miroir (pendant une période précise). J’adorai encore plus danser en groupe, à la fin des vacances, car cela me procura (cette fois-là) un bonheur incommensurable.

Si vous avez un doute sur le temps à employer, demandez-vous toujours quelle est la longueur de l’action, si elle est encore vraie, et si elle peut être interrompue. Un changement de temps change le sens de la phrase. Je sais, la différence peut sembler minime, mais elle ne l’est pas ! Dans le premier exemple, c’est une vérité qui dure et qui est inaltérée, qui fait partie des habitudes. Dans le second, cela devient quelque chose d’exceptionnel ou de ponctuel.

Donc quand vous écrivez, il suffit de vous arrêter avant d’écrire le verbe et de vous poser la question : par rapport à l’action que je décris, action longue ? => -ais. Ou action courte ? =>-ai. Autre astuce : dès qu’il y a un « lorsque » (ou un « quand » qui a une valeur de « lorsque », soudaineté), la plupart du temps le verbe associé à la conjonction sera au passé simple, et le verbe de l’autre proposition à l’imparfait. Si c’est un quand qui a valeur de « à chaque fois », ce sera un imparfait. 🙂

Mais ce n’est pas la seule confusion entre -ai et -ais possible… En effet, il y a aussi celle du conditionnel et du futur.

« Je regarderai par la fenêtre » et « je regarderais par la fenêtre » n’ont pas non plus le même sens, et si parfois le sens diffère peu (notion de futur), l’usage lui n’est pas pareil !

Le futur (regarderai), c’est simple à utiliser. Je l’emploie quand l’action est postérieure à ce qui est en train de se passer, à condition que cette action en cours soit au présent !
« Je passe mon examen, et après je regarderai par la fenêtre. »

Le conditionnel s’utilise de trois manières :

  • soit pour marquer la condition (« Si j’avais une fenêtre, je regarderais au travers pour observer le monde. »)
  • soit pour marquer le futur du passé (« L’examen m’ennuyait profondément. Une fois ma copie remplie, je regarderais par la fenêtre pour passer le temps jusqu’à la fin de la période. ») (Ici cela signifie que le personnage planifiait de regarder par la fenêtre après avoir rempli sa copie. Ce qui sous-entend que l’action ne s’était pas déjà produite et qu’elle pourrait donc être interrompue ou ne pas avoir lieu. Si elle avait eu lieu tout de même, j’aurais mis : « Une fois ma copie remplie, je regardai par la fenêtre/tournai la tête pour regarder par la fenêtre. »)
  • Pour exprimer une demande adoucie, au présent (« Je voudrais regarder par la fenêtre, mais je ne peux pas car je passe mon examen. »)

Et c’est là que ça se complique, n’est-ce pas… Souvent, dans les récits en je au passé, je trouve un futur à la place d’un imparfait dans le cas où l’auteur veut marquer le futur du passé. Or le conditionnel est décrit comme étant un futur hypothétique. Dans un récit au passé, c’est donc celui à utiliser, puisqu’on est dans le récit, la fiction, l’hypothèse.

Aussi, attention à ne pas se faire avoir par les « si » + conditionnel ! Ne dit-on pas « les si n’aiment pas les rais » ? C’est vrai, mais dans certains cas, c’est accepté d’un point de vue grammatical. (Oui, encore une exception ! Il n’y a que ça, en français :3).

Donc :

  • on ne dit pas « si je serais musicien » mais « si j’étais musicien »,
  • En revanche, on peut dire « je ne savais pas si tu serais là », car c’est une question indirecte, et dans ce cas, le si tolère le rais. Et donc ça n’a pas non plus exactement le même sens que « je ne savais pas que tu serais là. » (Je vous laisse réfléchir sur celui-là :p)

Voilà pour les -ai versus les -ais ! Si vous avez des questions ou besoin d’éclaircissements sur le sujet, n’hésitez pas à commenter. ^-^

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