La tension narrative, qu’est-ce donc que cela ?

Rappelez-vous, dans mon article sur la rédaction du plan, je parlais de la tension scénaristique (ou autrement dit, narrative) :

Pour rédiger votre plan, pensez en matière de chapitres, de sections, de parties ou de paragraphes, comme vous le sentez. Vous pouvez déjà anticiper la taille de vos chapitres, mais il faudra garder à l’esprit que chaque section de votre livre devra toujours contenir un nœud narratif, mettre en avant une tension scénaristique, bref être utile au déroulement de l’histoire.

En gros, la tension narrative, c’est la raison pour laquelle vous racontez votre histoire. Elle réside dans le « qui, quand, où, pourquoi, comment » et s’exprime à différents niveaux de votre récit, à travers ce que j’appelle des artifices narratifs (autrement dit, ce genre d’événements pour lesquels on se dit « mais ça, ça n’arrive que dans les livres ! »).

Et c’est la que résident la difficulté et le paradoxe de l’écriture ! Car il faut raconter une histoire, donc parler d’une problématique, d’un enjeu, qui doit paraître réel, parler au réel, mais tout en se construisant de manière fictive, à travers les artifices narratifs. Un bon conteur, c’est celui qui parvient à captiver son auditoire, en jalonnant son récit à la fois d’éléments réels et d’éléments narratifs.

Donc, dans ma narration, que puise-je mettre comme éléments qui ajouteront de la tension narrative à mon histoire ?

Eh bien, c’est ce que je disais dans la construction du plan : ce sont les problématiques qui vont apporter la tension narrative, l’envie du lecteur de continuer à vous lire, à tourner les pages, pour savoir, comprendre, confronter sa théorie à la logique de l’auteur. La problématique, dans le conte par exemple, se présentera sous forme de quête. Mais elle pourra aussi apparaître dans les différents chapitres (rappel : la maladie, la dispute, l’énigme, etc). La problématique va forcer le ou les héros à trouver une solution et donc parvenir à la fin d’un chapitre ou du livre à la résolution !

On va pouvoir maintenir la tension narrative à travers le récit en glissant des sous-problématiques, par exemple ciblées par chapitres (comme dans les contes ou les récits pour enfants (cf. les séries télévisées également avec le principe d’épisode)), ou bien morceler la problématique sur plusieurs chapitres (ou épisodes) et créer ce qu’on appelle donc un cliffhanger entre les différentes parties.

Il y a donc plusieurs artifices narratifs servant à apporter du suspens et de la tension narrative : le cliffhanger, la révélation, le drama, le hasard et le retournement de situation (liste établie sur base de mes propres observations à travers mes lectures ^^).

  1. Le cliffhanger : le cliffhanger consiste à s’arrêter brusquement dans une scène avant d’en atteindre la résolution. Typiquement, on s’arrête quand le personnage entre dans la pièce et découvre… Et dans le prochain épisode : …. découvre que sa femme le trompe avec son meilleur ami ! Le cliffhanger annonce toujours une nouvelle problématique ou une résolution. Il provoque la tension du lecteur par une découpe arbitraire d’un passage qui ne s’explique pas de manière réelle ou temporelle mais sert uniquement d’outil factice de création de tension. Donc, il ne faut pas en abuser, car ça peut très vite agacer le lecteur. ^^
  2. La révélation : vous pouvez égrainer votre récit de révélations, au sujet du héros, des adjuvants, des opposants ou de sa quête. Les révélation doivent venir de manière subtile et spontanée dans le récit, et surtout il ne faut pas en abuser non plus, pour ne pas lâcher le lecteur. Si tous vos personnages sont les fils ou filles caché.e.s de divinités ou de nobles, au bout d’un moment vous ne surprenez plus le lecteur. Mais vous pouvez en jouer en insérant au moment opportun l’exception à la règle que vous avez créée ! La révélation apparaît souvent en milieu ou en fin de tome/ arc dans les sagas, afin de nourrir l’intérêt du lecteur et apporter la possibilité de créer un nouvel angle d’attaque pour la suite de l’histoire.
  3. Le drama : qui peut rejoindre la révélation. Exemple : à la fin de votre premier tome, on apprend que le héros connaît son père depuis le début, mais il ne le découvre qu’une fois que celui-ci est mort. => cela apporte du drame à votre récit. J’appelle ça le drama car pour moi ça apparaît tout particulièrement dans les dramas coréens ou japonais, ou même dans les animes et les mangas. Le drama, de nouveau, doit être utilisé avec parcimonie : ne collez pas un drama à chacun de vos personnages, ça devient fatiguant, même s’ils évoluent dans un monde atroce et cruel ! Ou bien, amenez-le comme une constante, ce qui dédramatise votre drama, et pourtant le renforce, car étant devenu commun dans votre univers, il fait ressortir le caractère cruel et ignoble de celui-ci. 😉 Jouez avec les contrastes, en bref !
  4. Le hasard : Ah mon copain le hasard ! (En réalité, je déteste le hasard, et dans la vraie vie aussi :p) Le hasard apparaît souvent sous forme de deus ex machina. Exemple : un élément arrive subitement sans raison et permet aux héros de comprendre/résoudre une problématique alors qu’ils n’avaient pas les outils à disposition ; un protagoniste utile à la suite de la quête surgit au bon moment, sans raison apparente, mais simplement parce qu’il doit être dans l’histoire à cet instant précis ; des événements aléatoires se succèdent, qui permettent aux héros de gagner à la fin, etc. Un peu de hasard n’a jamais tué personne, mais de nouveau, à prendre avec des pincettes ! Souvent, le hasard apparaît dans une histoire quand le scénario n’est pas assez travaillé, quand il y a des failles dans le plan, quand l’auteur a pris une décision arbitraire qu’il n’a pas pris le temps d’expliquer. (Voir aussi le TGCM (taggle c’est magique) ou le TGCR (taggle c’est une romance)).
  5. Le retournement de situation : qui équivaut un peu au hasard, mais maîtrisé cette fois. Par exemple : à la moitié du livre, le héros apprend qu’il est manipulé par son mentor car celui-ci a l’intention de dominer le monde, et pas du tout de le sauver du grand méchant actuel ; le personnage que l’on citait sous un certain nom depuis le début est en fait un personnage connu du tome précédent. Le retournement de situation peut apparaître à plusieurs moments du récits, mais il ne sert à rien d’en mettre à chaque chapitre. Le retournement de situation est une révélation qui change totalement la donne, les rapports de force du récit, et va parfois nécessiter que vous procédiez à une nouvelle phase d’exposition (description d’un nouveau lieu, de nouveaux personnages, d’une nouvelle situation), et en général, passé la moitié du livre, on n’a plus trop envie de lire de l’exposition, on veut de l’action.

En résumé, la tension narrative, c’est la surprise. ^^ Si vous cherchez à surprendre le lecteur dès la rédaction du plan, vous verrez que le suspens viendra naturellement dans votre récit, car vous le construirez directement sur base de cette volonté d’user de ces outils. Bien sûr, face à un lecteur expérimenté, vous rencontrerez toujours plus de difficultés à le berner, à le prendre par surprise. Mais il appréciera l’effort. 😉 De plus, un roman qui n’est pas construit sur base de ces « clefs » pourra vite paraître fade, exagéré, peu crédible, de même qu’un roman qui montrera un usage abusif de toutes ces techniques.

Le seul secret pour écrire un bon roman plein de bonne tension (sans gras ni nerfs, quoi :p), c’est l’expérience. Car seule l’expérience pourra vous apprendre à mesurer, doser, l’usage de ces artifices narratifs. ^^

 

 

Publicités