Au fil de l’année écoulée, j’ai travaillé dans l’édition à plusieurs niveaux : écrivain, membre de Comités de Lecture, bêta-lectrice, correctrice et, dernière casquette mais pas des moindres, lectrice. Forcément, mon expérience de lecture a grandement évolué grâce à la sollicitation de mon sens critique à toutes les étapes du livre.

C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire ce petit article, reprenant une liste de conseils pour améliorer la qualité de votre manuscrit.

Forcément, tout le monde n’a pas les moyens de payer un correcteur de sa poche avant d’envoyer son texte à des maisons d’édition (envoi papier qui peut d’ailleurs coûter fort cher). Je pense pouvoir dire sans prétention que cette liste vous apportera un peu plus de chances d’être lus et repérés par une maison d’édition (mais ils nécessiteront une remise en question de votre part, bien entendu). Ces conseils sont uniquement d’ordre technique et ne concernent que la forme, en aucun cas le fond. ^^

1. N’ayez pas peur d’utiliser Google ! (ou votre grammaire, votre dictionnaire ou votre encyclopédie, d’ailleurs)

Quand vous écrivez, remettez en question toutes vos certitudes ! Quelqu’un de plus documenté que vous pourrait vous tomber sur le coin du nez pour des bêtises, et vous ne voulez pas avoir de détracteurs qui s’attaquent à des détails sans importance, du style du temps de cuisson d’un œuf ou de coagulation du sang. Nous vivons à une époque où l’information est à un clic de nous, alors autant abuser de Google, même sur des détails que l’on pense savoir !

2. Soignez votre vocabulaire 🙂

Cela rejoint le premier point. On pense parfois connaître le sens d’un mot parce qu’on l’utilise dans un contexte erroné à l’oral et que personne ne nous a jamais repris. Mais à l’écrit, ce genre d’erreur peut parfois causer un glissement de sens et donc une incompréhension chez le lecteur ! Le français n’est pas libre d’interprétation (enfin, pas totalement… je ne parle pas ici de métaphore par exemple), c’est pourquoi il n’est pas superflu de posséder un dictionnaire précis et complet. N’hésitez pas à aller relire des définitions de mots que vous connaissez déjà. Imprégnez-vous de la langue pour la maîtriser.

3. Utilisez le bon champ lexical et les bons termes techniques.

Si vous parlez souvent d’un même sujet dans votre roman, n’abusez pas des synonymes, car parfois deux mots ont le même sens dans un cas bien précis, mais pas dans toutes. Cela rejoint bien entendu le point d’au-dessus. Ne mettez pas des termes pompeux pour le plaisir, car vous perdriez de la fluidité et même parfois du sens.

4. Variez votre vocabulaire ! Traquez les tournures de phrases faibles.

Essayez de ne jamais utiliser être ou avoir, sauf en auxiliaires quand vous n’avez pas d’autre choix. N’employez le verbe faire que dans le cas où vous ne trouvez pas d’autre formulation ! Si vous ignorez comment reformuler, cherchez, lisez, testez ou demandez conseil ! Chaque phrase doit vous appartenir et porter un sens précis.

5. En parlant de précision…

Évitez à tout prix les termes génériques, comme chose, lieu, objet, personne, sauf s’il n’y a pas d’autre moyen de le caractériser. On n’écrira pas « cette chose s’est produite devant moi » mais « cet accident/événement/cette rencontre s’est produite devant moi ». Vous allez gagner en style, précision, sens, fluidité. Traquez également les formulations pléonastiques (ex : un homme au ventre bedonnant => bedonnant signifie qui a du ventre => un homme bedonnant)

6. Soignez votre concordance des temps…

Quitte à relire des articles de grammaire. C’est pénible, c’est sûr, mais chaque temps possède sa logique (oui, oui, je vous assure, le français est logique :p). (Allez voir par exemple mon article sur -ai versus -ais). Chaque temps véhicule une temporalité, mais le mode véhicule aussi le caractère réalisé/réalisable de l’action décrite. (avant que + subjonctif et après que + indicatif par exemple)

7. Faites attention aux ruptures syntaxiques !

Soyez vigilants, maîtrisez les sujets de vos verbes. Cette phrase courante revient même dans des textes relus et corrigés par des professionnels. Un petit exemple :
« Ayant refermé la porte, mon sac tomba de mes mains. » => le sujet de « refermer » est informulé, il devrait donc être le même que le sujet de « tomber », or ce n’est pas, en toute logique, le sac qui referme la porte. Il faudrait donc mettre « Ayant refermé la porte, je laissai tomber mon sac. »

8. Ne tombez pas dans la facilité du « et » et du « mais ».

Il existe plein de façons de lier logiquement vos phrases entre elles. Au besoin, revoyez vos conjonctions (coordination, subordination). Pour rappel, « et » sert à lier deux éléments de même valeur. Deux événements concomitants par exemple. « Mais » sert à opposer deux phrases ou idées.
Par exemple : on ne va pas dire « Je m’étais servi un verre de whisky et la porte sonna », mais plutôt « Je me servis un whisky, puis la porte sonna » ou « Je m’étais servi un verre de whisky, quand la porte sonna ».

9. Évitez autant que faire se peut les répétitions.

Traquez-les comme si votre vie en dépendait. Un manuscrit perd énormément en qualité quand il est truffé de répétitions. N’oubliez pas que vous ne voulez pas ennuyer le lecteur. Surprenez-le. 🙂

10. Ne jetez pas vos idées en l’air sans réfléchir.

Veillez à la fluidité logique de vos phrases, de vos idées, concepts, actions. Placez chaque idée à l’endroit le plus indiqué. Veillez à ne pas rompre le rythme de votre texte. ^^

11. (un dernier pour la route) Faites attention aux homonymes…

Et plus précisément aux homographes. Il y a beaucoup de termes en français qui s’écrivent de la même manière mais qui n’ont pas du tout le même sens. (Pendant (pendre et durant) ou maintenant (tout de suite et maintenir), pour n’en citer que deux) Veillez à ce que votre phrase ne puisse en aucun cas posséder un autre sens à cause d’homographes ! Ça ralentit la lecture et la rend plus laborieuse.

Encore aujourd’hui, alors que j’ai quelques romans à mon actif, je passe tous ces éléments en revue quand je relis mes premiers jets. Apprenez à connaître vos faiblesses et ne lésinez pas sur l’énergie que vous mettrez dans la relecture et le polissage. N’oubliez pas : vous n’aurez qu’un seul premier roman, une seule première expérience d’édition ! Ne cherchez pas à précipiter la chance, travaillez jusqu’à aimer chacun de vos mots… Et acceptez la critique, car elle ne peut que vous pousser vers l’avant. 🙂

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