Le Dernier des Yakuzas

Jake Adelstein

♦ éditeur : Marchialy ♦

♦ nombre de pages : 363 ♦

♦ genre : récit de vie ♦

Coup de cœur

Les + :

  • inspiré de faits réels
  • qualité des informations

Les – :

  • écriture très formelle

Résumé :

Jake Adelstein, journaliste américain vivant au Japon, travaille sur un article qui risque de mettre le feu aux poudres dans le mondes des yakuzas. Pour se protéger, il n’a d’autre choix que de faire appel à un yakuza qui a décroché de ce monde quelques années plus tôt. Saigo, ancien boss du Saigo-gumi, affilié à l’Inagawa-kai, deuxième plus grand groupe de yakuzas au Japon après le Yamaguchi-gumi, accepte la proposition du gaijin. Mais à une seule condition : que Jake raconte sa vie dans un livre. Car Saigo est fier de sa vie de yakuza, il veut que son fils sache ce qu’il a fait, comment il a vécu.

Ainsi donc, après une introduction très rapide pour nous rappeler un peu les événements narrés dans Tokyo Vice, Jake Adelstein remonte le fil de l’histoire des yakuzas, à travers la vie de Saigo et des gens qu’il a croisés sur sa route. Il fait plus que nous présenter les exploits du Tsunami (surnommé ainsi pour son caractère indomptable), il raconte aussi l’évolution et la décadence des yakuzas, devenus avec le temps des « boryokudan« , littéralement « groupes de violence ». Il nous montre un monde où la mafia, véritable parasite de la société, finit par être rejetée par elle. L’intensification de la violence des méthodes des yakuzas s’oppose à une montée en puissance des lois antigang et un chaos indescriptible où l’honneur devient une faiblesse, le respect un accessoire.

Saigo, le dernier des yakuzas, saura-t-il accepter son caractère obsolète, se retirer de ce monde plus dangereux chaque jour et sauver les meubles avant qu’il soit trop tard ? Est-il vraiment un vestige du passé, ou bien les organisations de yakuzas ont-elle un avenir dans le monde actuel ?

Avis :

Tout d’abord, je tiens à féliciter les éditions Marchialy pour le travail graphique fait sur la couverture et l’intérieur du livre. Le jeu de typographies, le sens de lecture des titres, les inserts de notes « de bas de page », tout est très bien pensé pour véhiculer le même dépaysement que le texte. Quand on ouvre les deux « romans » de Jake Adelstein, on se sent projeté au Japon.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur l’univers de Tokyo Vice, je vous invite à lire la chronique de mon amie, Manon Elisabeth Dombremont, publiée sur son blog. Si après ça, vous n’avez pas envie de découvrir les aventures de Jake Adelstein au pays du soleil levant, c’est qu’il y a un problème… 😉

Il faut malgré tout bien préciser que ce livre-ci est un peu différent. Toujours aussi factuel dans son approche, il couvre une bien plus grande période et nous parle du véritable fonctionnement de la structure des clans de yakuzas. J’ai mis plus de temps que je ne l’aurais cru pour le lire, mais cela ne tient pas à la qualité du livre.

Même si Jake Adelstein romance la vie de Saigo, il écrit comme un journaliste. Ce que je veux dire par là, c’est que j’ai trouvé que la traduction manquait de finesse, dans le sens où il y avait beaucoup de lourdeurs dans les phrases. Beaucoup de formules passives, de « et » et de « que », qui manquaient d’élégance en français. L’information, en revanche, passait très clairement et sans fioriture inutile, même si j’ai clairement eu un manque au niveau de la poésie de la langue.

Comme je le dis juste au-dessus, la vie de Saigo, le Tsunami, nous parvient romancée. La raison est simple : si Jake était prêt à se faire le porte-parole d’un yakuza, il n’avait pas l’intention de s’attirer plus d’inimitiés ou de dénoncer par son récit des individus bien précis. Il a donc modifié les événements de façon à ce que l’on ne puisse pas remonter jusqu’à ceux qui ne voulaient pas apparaître dans l’histoire. Il n’empêche que, malgré la tristesse et l’horreur du monde décrit, certaines scènes m’ont arraché de sacrés fous-rires ! Par exemple, le coup des chats à la banque (je vous laisse imaginer ce que des yakuzas peuvent faire devant une banque avec des chats… :p).

J’ai adoré me plonger encore une fois dans la culture japonaise, dans ses subtilités et ses paradoxes, dans sa richesse et sa complexité. J’ai adoré découvrir cette part méconnue de leur monde et son histoire. Pourtant, par moments, les noms cités, ainsi que les dates et les chiffres, me tiraient de l’émotion pour me ramener aux faits. Je n’avais pas envie d’étudier, alors je lisais ces passages un peu plus distraitement que le reste, je dois l’avouer.

Malgré tout, au bout du bouquin, on se rend compte qu’on s’est attaché à Saigo, à Coach, à tous ces malfrats pleins de défauts qui sont partis de rien pour finir riches et puissants. Et en même temps, on ressent la même peine que Saigo, la même tristesse que lui, de voir ce en quoi il croyait s’effriter avec le temps. Il n’a rien d’un bon gars, il a commis de véritables crimes, il a trempé dans bien des affaires, mais il a toujours suivi le gokudo, le code d’honneur des yakuzas. Un code qui tend à disparaître.

J’ai vraiment aimé ce roman de bout en bout. Je l’ai dévoré avec curiosité et avidité. J’ai appris énormément sur cette culture qui me fascine depuis toujours. Félicitations à Jake Adelstein d’être parvenu à nous raconter l’histoire de Saigo avec tant de justesse dans la voix. Je conseille ce roman à tous les vrais amateurs du Japon. C’est un incontournable… 🙂

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