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My absolute Darling

Gabriel Tallent

éditeur : Gallmeister

nombre de pages : 453

coup de (poing en plein) cœur

Résumé :

Julia « Turtle » Avelston a 14 ans. Elle vit seule avec son père près de la côte dans une maison plutôt rudimentaire. La journée, elle va à l’école du coin, peinant à suivre les cours, à rattacher les wagons. Surtout les cours d’anglais. Elle n’a pas d’amis et n’en veut pas vraiment. Le soir, elle passe parfois voir son grand-père, puis fait ses devoirs avec son père.

Sa relation avec le paternelle est hors du commun. Il a une vision plutôt pessimiste du monde, tente d’élever seul sa fille dans un monde auquel il ne croit plus, selon des valeurs détachées de la réalité. Il se prépare pour la fin du monde depuis la mort de sa femme et laisse la maison se délabrer.

Les abus du père de Turtle ne peuvent rester éternellement invisibles aux yeux de leur entourage. Turtle, même si elle est lente à la détente, commence à comprendre que la façon dont elle aime son papa n’est pas normale et prendre la mesure de ce que cela implique pour son avenir…

Avis :

C’est un de mes collègues au magasin qui m’a conseillé ce roman. Gallmeister ne fait que de la traduction, c’est pourquoi j’ai un peu hésité avant de l’acheter. Malgré tout, l’enthousiasme de mon collègue pour ce texte a fini par me convaincre.

J’ai cru que ce livre me déprimerait, qu’il serait dérangeant et choquant. Pourtant ce n’est pas ce que j’ai ressenti en le lisant, bien que ce soit un roman noir.

Au départ, on découvre Turtle et on a de la peine pour elle. On a l’impression qu’elle ne comprend pas le monde, qu’elle survit comme si elle observait les choses à travers la surface de l’eau, retenant son souffle. Elle subit sa relation avec son père dans un état de stoïcisme étrange. Pourtant, dès le début, elle nous impressionne par sa force.

Son père, alors, on le déteste ? Eh bien, oui, en un sens. Mais ce n’est pas le premier sentiment qui surgit. Au départ, on découvre un homme amer, froid, cynique, désespéré par un monde qui part en vrille. Il veut apprendre à sa fille comment survivre à la fin du monde. Il est déboussolé par la perte de sa femme.

L’amour qu’il a pour sa fille, déplacé mais si intense, est raconté sans mots superflus, sans volonté de choquer gratuitement de la part de l’auteur. Bien entendu, on ne peut pas rester insensible à la souffrance que cause cet amour déviant.

Alors surgissent Jacob et Brett, deux ados dont Turtle fait la rencontre dans les bois – l’occasion de parler de décors magnifiques, de nature. Tous deux sont pétillants de vie, ils parlent vite, sans réfléchir. La vie leur semble si simple, comme si elle leur était due, mais Turtle comprend des choses qu’ils ne comprendront jamais.

J’ai adoré les dialogues entre Jacob et Brett. Ils ont un humour décapant, ils apportent vie et légèreté au récit, tout en étant bourrés de références. Ils sont attachants et agaçants à la fois. Aucun des deux ne peut s’imaginer ce que vit Turtle chez elle, pourtant là où tout le monde l’a toujours regardée avec une certaine crainte, une forme d’incompréhension, très vite ils l’intègrent à  leur vie.

J’ai trouvé que les dialogues sentaient l’authentique, le réel, le naturel. Ils participent à vous donner l’impression que vous aussi vous êtes entre ces pages, en train de vous défendre contre votre « moi » intérieur, tandis que le monde autour de vous essaie de vous tirer quelques mots, ces mots qui ne sortent pas, qui n’ont pas de sens.

Turtle vous fascinera certainement. Par sa volonté, son courage, sa résilience. Son évolution vous subjuguera. La poésie de l’auteur dans ses descriptions vous donnera l’impression que s’étalent sous vos yeux ces décors de forêts américaines, ces plages et ces routes de montagne.

Si le thème central du récit est dur, le livre parle de bien plus de choses que l’inceste. Il parle de la vie elle-même, de la mort, de la nature, de l’amitié, de l’amour, de l’apprentissage et du vrai sens du mot courage. Il vous fera l’effet d’une vague qui déferlera sur vous, vous fera vibrer, pleurer, mais aussi rire et sourire.

En revanche, si je l’ai dévoré jusqu’à la fin, oubliant toutes mes autres lectures au passage, je déplore un seul détail des derniers chapitres. J’en discuterai avec vous après votre lecture si vous le souhaitez, pour éviter les spoils. :p

Pour ce qui est du style d’écriture, je n’en parlerai pas outre mesure. Puisque c’est une traduction, il ne faut pas s’étonner de voir des répétitions et des flopées de « et » ainsi que de verbes être, qui ne dérangent pas en anglais, mais qui m’ont parfois sortie de ma lecture.

En conclusion, My Absolute Darling est un récit fort et dur à ne pas mettre entre toutes les mains, mais qui vous bouleversera, et pas que pour l’horreur dont il parle. Il vous fera aussi entrapercevoir l’espoir dans les heures les plus noires de la nuit. Merci à mon super collègue de m’avoir encouragée à le lire, parce que ce récit m’a fait ressentir des dizaines d’émotions inattendues. ❤

 

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