Lecture et apprentissage

(De l’importance de maîtriser le français quand on écrit)

C’est bien connu, nous apprenons avant tout par mimétisme dans la vie de tous les jours. Nous apprenons à marcher, manger, nous servir de nos mains en observant d’autres êtres humains. Je ne vous révélerai rien de bien mystérieux en disant que c’est aussi ainsi que nous apprenons à parler.

L’écriture est le prolongement de la parole. Elle nous sert à retranscrire des idées et les transmettre à autrui sur un support plus durable que la parole.

Ainsi, quand j’ai décidé d’écrire des romans afin de les publier, je n’aurais jamais imaginé la quantité de travail véritable que cela représentait. J’ai écrit mon histoire, et une ASBL l’a publiée, et voilà, j’étais devenue écrivain, autrice de mon premier roman, sur la voie du succès. J’ai bien vite pris conscience que même dans l’écriture, qui semble accessible à tous ceux qui ont appris à écrire, il existe des normes, des codes, des techniques, ce qui en fait un art et pas simplement un outil.

En écrivant, en relisant, puis plus tard en corrigeant les textes d’autrui, j’ai souvent eu l’occasion de réfléchir sur cette notion d’apprentissage par mimétisme.

D’où tirais-je mes tournures de phrases, mes choix de vocabulaire, de ressorts narratifs ou de personnages ? La réponse est simple : de la somme de toutes mes lectures précédentes (ainsi que de la vie, de mes expériences, etc, mais ce n’est pas le propos ici ^^).

C’est pourquoi il est devenu essentiel pour moi de comprendre le français dans ses moindres subtilités. C’est devenu ma quête, ma recherche. Je ne voulais pas devenir un « exemple de choses à ne pas faire quand on écrit un roman », et cela passait inévitablement par une remise en question de tournures de phrases et de faits que je pensais connaître. C’est pourquoi j’ai intégralement réécrit le tome 1 de Paradoxes avant de l’autoéditer.

Ici, je vais m’attarder surtout sur les tournures de phrases et sur l’importance d’être accompagné d’un bon éditeur, d’un bon correcteur, quand on écrit.

Si j’entends, depuis que je suis petite « je suis montée en haut », « cet homme a le ventre bedonnant », « une autre alternative », je risque très probablement d’utiliser ces pléonasmes moi aussi. À l’oral, ce n’est pas trop grave, parce qu’il est quasiment impossible de construire un dialogue oral comme on prépare un texte, mais à l’écrit, cela devient plus problématique.

Un pléonasme est une association de mots qui répètent la même idée, donc l’un d’eux au moins est superficiel. Inutile, en gros. Or, le but de l’écriture étant de se faire comprendre par autrui, je vais essayer que mon message soit le plus clair possible, et ce dès la première lecture ! Une répétition d’idée est, de base, superflue. Elle peut cependant être utilisée pour mettre l’accent sur un élément, mais ce processus devient alors conscient et volontaire (et ce n’est pas applicable à tous les cas, non plus :p).

Mais on peut bien entendu se poser légitimement la question : si tout le monde fait cette erreur, alors ne devient-elle pas la nouvelle norme ?

Et c’est là que rentre en jeu, selon moi, le travail complexe de l’Académie française (mais aussi des auteurs, éditeurs et correcteurs). À partir de quel moment une erreur peut-elle devenir la norme, et donc cesser d’être une « faute » ?

Il existe de nombreux termes et expressions ayant subi un glissement de sens avec le temps. On peut citer l’expression « au temps pour moi », ou bien même « faire long feu ». Les deux expressions proviennent de l’armée. La première, « au temps pour moi », signifiait au départ « je dois me remettre au temps » et provenait du fait que les soldats marchaient tous au même temps. Aujourd’hui, on voit apparaître de plus en plus « autant pour moi », qui signifie (plus largement que son ancêtre) que l’on reconnaît son erreur et que l’on va s’appliquer à la corriger.

Vous avez aussi certainement déjà entendu l’expression « parler le français comme une vache espagnole ». En réalité, l’expression d’origine est « parler le français comme un Basque l’espagnol ». D’un coup, ça a beaucoup plus de sens, mais c’est moins drôle que d’imaginer une vache parler espagnol, n’est-ce pas. 😉

Donc la version historiquement correcte de l’expression n’est plus comprise et paraît fausse à la majorité des locuteurs. Ainsi, quand on voit l’expression utilisée dans son ancienne acception, on ne la comprend plus.

Il existe dans la langue française de nombreux cas où le sens d’un mot a évolué avec son contexte et la réalité de son époque. L’Académie française reste attentive à ces évolutions, puisqu’elle ajoute régulièrement de nouveaux mots aux dictionnaires et modifie les définitions de tout un tas d’entrées.

Alors, où se situe la limite entre l’emploi d’un langage formaté et conservateur et l’usage de mots barbares, qui ne sont pas français ? Les auteurs doivent-ils respecter la règle ou l’usage ?

Personnellement, j’aurais tendance à dire qu’il faut parvenir à jouer entre les deux, et donc comprendre exactement le sens des mots qu’on emploie. Il ne sert à rien d’utiliser un synonyme quand sa signification ne correspond pas exactement au contexte. Un mot ne peut pas toujours se substituer à un autre. De même, il vaut mieux parfois user d’une répétition que d’aller chercher un mot scientifique obscur employé uniquement en laboratoire, même si sa consonance nous plaît. Par extension, le vocabulaire et la complexité grammaticale que l’on décide d’employer doivent correspondre au public cible et au contexte du récit.

Notre but est, certes, d’être compris avant tout, mais nous ne devons pas négliger non plus notre rôle potentiel d’enseignant. Puisque, comme je l’ai dit, nous apprenons la langue et l’écriture avant tout par mimétisme, nous pouvons aussi influencer nos lecteurs, dans le bon comme dans le mauvais sens.

C’est pourquoi il est essentiel, selon moi, que les éditeurs et auteurs ou traducteurs fassent de leur mieux pour connaître l’outil qu’ils emploient tous les jours : le français. Il est possible de faire appel à un relecteur/correcteur, tout en se rendant bien compte que même eux peuvent faire des erreurs parfois ou passer à côté d’une faute (d’où l’importance de relire plusieurs fois un texte). On peut également utiliser le programme Antidote, qui fait très bien office de guide pour affiner sa compréhension du français (tout en gardant à l’esprit que c’est un programme et qu’il n’a donc pas toujours raison !).

Si la langue est un outil de communication mis à la disposition de tous, il ne faut pas oublier qu’il est possible de mal l’utiliser. Il ne tient donc qu’à nous d’apprendre à le maîtriser pour exprimer au mieux nos idées.

Je terminerai en parlant de 1984, qui reste un ouvrage de référence en ce qui concerne les dystopies sociales. Dans ce roman très intelligent, les personnages se retrouvent avec un vocabulaire très limité, le néoparler (dans la nouvelle traduction par Josée Kamoun), qui sert soi-disant à faciliter la communication en limitant le nombre de mots que l’on peut utiliser. Est-ce une bonne idée ? Vous vous doutez que ma réponse sera négative. En effet, en limitant le nombre de mots au dictionnaire, Océania empêche le développement d’une pensée complexe et indépendante. Si l’on ne peut nommer un concept, on en nie l’existence, tout simplement.

En conclusion, nommons un chat un chat et n’oublions pas de faire de jolies phrases qui poussent à la réflexion. 😀

Publicités