Titre : les chroniques des Féals

auteur : Mathieu Gaborit

éditeur : Bragelonne

nombre de pages : 599

genre : heroic fantasy

#PIF 2019 (1ère lecture, défi : lire la suite d’une série)

Résumé :

Dans l’empire de Grif’, le temps est venu de faire renaître le phénix de l’empereur. Le jeune et talentueux Januel est choisi par la guilde des phéniciers pour s’acquitter de cette tâche. Mais un incident se produit au cours du rituel : l’empereur est tué et le phénix trouve refuge… dans le cœur de Januel. Obligé de fuir, le jeune phénicier entreprend un voyage semé de dangers et d’embûches pour comprendre ce qu’il s’est passé et prouver son innocence… Parviendra-t-il à maîtriser le phénix qui palpite en lui ?

Avis :

J’avais déjà entendu parler, bien évidemment, de Mathieu Gaborit. Qualifié d’excellent auteur de fantasy, il attirait ma curiosité. Alors quand je suis tombée sur l’intégrale de cette trilogie, en grand format et dans un état convenable pour de l’occasion, j’ai craqué. Je ne l’ai pas lu tout de suite, pourtant.

Il y a quelques mois, un ami rôliste m’a parlé de son envie de relancer une campagne avec notre groupe. Il m’a alors parlé de l’univers des Féals avec tellement d’engouement que j’ai décidé de lire la trilogie avant de me lancer dans la campagne.

Le livre de jeu de rôles des chroniques des Féals présente un univers sombre et complexe, tout en nuances, peu manichéen mais extrêmement subtil et compliqué d’un point de vue humain ou psychologique. La guerre entre le M’Onde et la Charogne, la présence du néant, l’allégeance aux féals et les différences entre les peuples humains qui en découlent, le combat incessant entre onde et fiel… Je m’attendais à découvrir un roman de fantasy mature et riche.

Le premier tome ne m’a pas déçue. L’entrée en matière de l’univers se fait tout en douceur au niveau des informations, mais de manière assez musclée pour donner envie au lecteur de tourner les pages compulsivement. Januel est un jeune homme qui a beaucoup souffert, mais qui conserve une innocence et une fraîcheur presque surnaturelles. Son amour pour les phénix, son dévouement à la vie le rendent attachant dès le départ. Le premier tome, donc, s’attache à plutôt nous présenter la partie « onde » du M’Onde.

L’auteur présente son univers avec brio, apportant petit à petit des informations sur l’histoire de son monde, mais aussi sur ses fonctionnements sociaux et les habitudes de ses habitants en ajoutant des détails surprenants dans ses descriptions.

Le deuxième tome est en demi-teinte, pour moi. On découvre un Januel très changeant, ce qui est logique puisque peu à peu, le fiel en lui bouillonne. Il prend des décisions plutôt catastrophiques et entraîne son groupe sans cesse vers les ennuis, même si ses intentions sont bonnes. Ainsi donc, le héros cesse d’être niais et innocent, il devient plus sombre, plus affirmé, plus tranchant. Autant, j’ai beaucoup aimé son évolution, autant j’ai moins aimé les personnages autour. J’ai trouvé le rythme de l’histoire moins prenant, même si je n’ai pas pu le lâcher, je l’avoue. Je pense que déjà dans ce deuxième tome, l’auteur manquait encore un peu de maturité d’écriture pour traiter certains sujets à l’époque.

Enfin, le dernier tome… J’ai failli le lâcher au troisième chapitre. Dans ce volume qui est supposé représenter l’apothéose du récit, j’ai eu l’impression que l’auteur nous faisait passer sciemment autour de l’action sans jamais nous la montrer. Rien que ce fait est très frustrant. Januel devient une caricature, et entraîne ses alliés à prendre le même chemin de la fantasy à deux sous. Désolée, Mathieu, je pense que ce récit avait énormément de potentiel, mais ce dernier tome a failli me perdre, à cause du manque de maturité et de certaines décisions narratives qui m’ont fait grincer des dents. Ainsi donc Januel est amoureux, mais il conserve le sens du sacrifice. Tout à son honneur. Par contre, j’ai détesté le triangle amoureux qui se révèle d’un coup, parce que je le trouvais forcé à ce moment de l’histoire. La discussion qui en découle, le geste de l’archer, l’absence totale de remords chez Scende… J’ai failli jeter le bouquin. Heureusement qu’il y avait les Licornéens. J’ai adoré les chapitres qui se passaient dans le désert, la profondeur de ce peuple, leur sensibilité, leur dévouement. La montée en puissance du conflit en territoire licornéen a clairement sauvé ma lecture.

J’ai lu la fin en oscillant entre agacement et curiosité, donc. Les derniers chapitres s’enchaînent, il se passe un tas de choses annoncées par les deux précédents volumes, et la résolution arrive presque avec un goût d’happy end. Mon sentiment de déception est probablement accentué par le fait que je n’ai pas aimé ce troisième tome, parce qu’en réfléchissant en toute sincérité, la fin correspondait bien à ce qu’annonçait le début. Le récit se déroule avec beaucoup de logique (l’évolution de Januel, par exemple), mais dans l’ensemble, il manquait à mon sens un brin de maturité à l’auteur pour faire passer toutes les émotions que ce troisième tome aurait dû contenir, selon moi. L’idée est là, l’histoire est là, mais elle aurait nécessité un petit quelque chose de plus, pour moi.

En conclusion, les Chroniques des Féals, c’est un univers que j’aurais adoré découvrir étant plus jeune. J’y aurais trouvé des personnages complexes, attachants (mais pas souvent drôles), qui présentent une réelle évolution au fil de l’histoire. Si j’ai trouvé le triangle amoureux un peu inutile (et que Scende servait surtout au « comme-par-hasard » de fin) et que certains éléments de l’histoire m’ont semblé pas assez creusés, avec un traitement pas assez mature, dans l’ensemble la trilogie est plutôt bien réussie, et l’histoire très bien construite. Elle apporte une vraie fin, tout en laissant au lecteur le plaisir d’imaginer les retombées de cette aventure sur le M’Onde. La plume, sans être extraordinaire, emporte son lecteur avec une efficacité constante, même si elle manque parfois de maturité pour transmettre efficacement la profondeur qu’annonçait la présentation de l’univers. Ainsi donc, sans figurer dans mes coups de cœur, ces romans auront eu le bénéfice de diriger ma curiosité vers un auteur de fantasy francophone probablement devenu brillant depuis lors. 🙂

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